Opinions & Débats | 24.05.2013 - 10 h 59 | 0 COMMENTAIRES
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«Lesbiennes, gays, bi, trans’, queer: Pourquoi nous avons perdu, comment nous pouvons gagner», par Oui oui oui

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Né de la bataille pour l'ouverture du mariage, le collectif Oui oui oui trouve la victoire amère et appelle à la tenue d'une assemblée de militant-e-s qui pourrait prendre la forme d’états généraux des luttes LGBTQ.

L’adoption de la loi sur le mariage et l’adoption pour tou-te-s est une avancée immense pour les lesbiennes et des gays. Pourquoi alors, pour de très nombreux LGBTQ, cette victoire a-t-elle un goût amer?

L’égalité pour les LGBTQ était inscrite au programme de l’ensemble des partis et candidats de gauche en 2012. La victoire de la gauche aux élections valait donc promesse de mener la réforme, dès que possible. Les LGBTQ ne s’y sont pas trompé-e-s, en votant massivement pour la gauche.

«PIRE ANNÉE D'HOMOPHOBIE»
Pourtant, nous sortons de la pire année d’homophobie en France en près de 15 ans. Des parlementaires nombreux, presque tous les chefs religieux, des essayistes et des savants plus ou moins certifiés, complaisamment relayés par les médias, ont fait assaut des mois durant d’ignominie homophobe. Ils ont ainsi légitimé la violence verbale et symbolique de manifestations contre nos droits, et à vrai dire contre notre existence. Ils ont préparé le terrain à la violence physique homophobe désormais déchaînée, bien au-delà des quelques agressions relatées par la presse (c’est ce que confirment des policiers en confidence).

C’est la moisson de la droite et des homophobes professionnels. La lâcheté gouvernementale a été son levain. En dépit de ses promesses et d’un mandat clair, le pouvoir socialiste a tergiversé. En traînant, il a laissé le terrain aux opposants. En se taisant, il a laissé la boue homophobe s’étaler sur les ondes. Pire, il a lui aussi validé cette parole homophobe, exhibée dans un interminable débat parlementaire, invitée à l’Élysée et place Beauvau (y convie-t-on des délégations de racistes?) et ointe d’une prétendue «liberté de conscience». Les moments d’éloquence et de conviction, offerts par Taubira et quelques autres, n’ont été que le proverbial et maigre quelque chose à quoi ce malheur a été bon.

Pire encore, François Hollande et le gouvernement se sont reniés. Leur promesse ancienne et écrite allait au-delà du mariage et de l’adoption: réformer la filiation, ouvrir la procréation médicalement assistée à toutes les femmes et simplifier le parcours de transition pour les transsexuel-le-s, c’était aussi leur engagement. Il a été éjecté de la loi sur le mariage, renvoyé à mars, puis à l’automne. Rien, ni en droit, ni en politique, ni moralement, ne peut justifier ces reports.

Tout cela, les LGBTQ l’ont subi quotidiennement, parfois dans leur chair. Ils ne l’oublieront pas quand ce gouvernement se présentera à nouveau à leurs suffrages, le PS ayant accompli l’exploit de mécontenter (c’était le moins) les homophobes, mais aussi les homos.

«C’EST ÉCHOUER QUE DE N’OBTENIR QUE LE MINIMUM PRÉVISIBLE»
Nous, personnes LGBTQ, ne pouvons ainsi parler de victoire: c’est échouer que d’être un bouc émissaire quotidien des malheurs du temps («du travail à Aulnay, pas le mariage gay», lisait-on sur les pancartes de la prétendue «Manif pour tous», comme si les LGBTQ ne pouvaient être aussi ouvrier-e-s ou chômeurs/euses). C’est échouer que de n’obtenir que le minimum prévisible. Tout reste à faire, tout reste à prendre. Et le contexte d’homophobie nous complique la tâche et alimente l’argument honteux qui est désormais «l’élément de langage» du gouvernement: laissons les esprits se calmer avant de parler de la PMA. Le gouvernement recule pour apaiser les homophobes au mépris des militant-e-s de l’égalité. Cette lâcheté, c’est l’éclatante victoire des homophobes.

Nous, associations et militantEs LGBTQ, avons mené un combat inégal. Selon le cas, nous n’avons pas pu ou su peser sur le rythme parlementaire ni sur le contenu de la loi. Notre parole publique a été réduite à donner la réplique aux homophobes, suivant l’adage de Godard sur l’objectivité des médias: cinq minutes chacun. Nos mots, nos images, nos marches ont toujours eu un coup de retard sur les homophobes qui, eux, pouvaient s’appuyer sur les ressources financières et les réseaux de la droite, de l’extrême droite et de l’Église catholique. Il faut bien constater aujourd’hui que l’opinion est peu et mal informée sur la réforme de la filiation et de la PMA et qu’elle ignore tout de la situation inacceptable des trans'.

Il n’y a pas là matière à célébration. Surtout, on ne peut dire «vive l’égalité!», ou alors c’est la rage au cœur, comme un esclave crie «vive la liberté!». Notre pleine égalité reste encore un objectif, pour les futures mères lesbiennes, pour les homoparents et les enfants d’homos, pour les trans'.

«REPRENDRE LE CHEMIN DE LA BATAILLE POLITIQUE»
Plus que faire la fête, nous devons nous mobiliser, travailler, convaincre, bref reprendre le chemin de la bataille politique. L’objectif: emporter dès l’automne dans la loi la PMA, la filiation, les droits des trans'. Nous nous battrons pour obtenir du gouvernement les droits qu’il nous refuse. Les militant-e-s de Oui oui oui, signataires de ce texte, savent que ces constats et ces objectifs sont partagés. D’autres instances ou personnalités les ont formulés ces derniers mois. Nous souhaitons travailler ensemble, et le plus nombreux/ses possible, à la tenue rapide d’une assemblée de militant-e-s qui pourrait prendre la forme d’états généraux des luttes LGBTQ.

Collectif Oui oui oui
Les intertitres sont de la rédaction.

courriel: collectifooo@gmail.com
site: http://www.ouiouioui.org/
groupe Facebook: facebook.com/groups/LGBTQcommentgagner/
twitter: ouiouioui_

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