Il l’avait annoncé dans une interview sur le site de RFI publiée vendredi 17 mai, Louis-Georges Tin l’a confirmé à Yagg: le fondateur du comité Idaho quitte ses fonctions. Les raisons de son départ: l’attitude du quai d’Orsay et de François Hollande concernant la résolution pour la dépénalisation de l’homosexualité.

«ON TOURNE EN ROND»
«Malgré la joie de voir prononcer l’égalité, je ne peux pas cacher mon écœurement face à l’inaction du gouvernement sur ce dossier. Je vais me marier et je serai heureux, mais ce serait égoïste de ma part de ne pas penser à tou-te-s celles et ceux qui croupissent dans les geôles de l’homophobie partout dans le monde.» Pour le militant, qui est aussi président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), les choses piétinent depuis 2010:

«On sauve les apparences, on organise une discussion qui aboutit à un rapport qui aboutit à une conférence, qui aboutit à une nouvelle discussion… on tourne en rond.»

N’est-ce pas un peu tôt pour critiquer l’action d’un président alors qu’il n’est en mandat que depuis un an? Pour Louis-George Tin, le gouvernement a volontairement laissé passer une occasion qui ne se représentera plus avant longtemps pour présenter la résolution pour la dépénalisation de l’homosexualité aux Nations Unies: «Je crois que le momentum est passé. En 2012, les conditions étaient réunies car il fallait profiter du soutien des États-Unis» affirme-t-il en référence au poids de la présence d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’État (l’équivalent de notre ministre des Affaires étrangères).

«AMATEURISME»
«J’essaie d’expliquer les choses, de mobiliser, d’attirer l’attention. Mais les gens qui gèrent tout ça sont incompétents, ils ne connaissent pas les dossiers.» Le militant critique vivement le travail du quai d’Orsay dont il dénonce l’«amateurisme». Ce n’est pas la première fois qu’il s’attaque aux méthodes du ministère des Affaires étrangères. Il y a un an, Louis-Georges Tin et deux autres militants avaient mené une grève de la faim pour protester contre le manque de pugnacité du gouvernement concernant la résolution pour la dépénalisation de l’homosexualité. Louis-Georges Tin avait cependant trouvé peu de soutien auprès d’associations et d’ONG qui préféraient que cette initiative continue d’être menée par l’Afrique du Sud. Il reste encore aujourd’hui convaincu que la France doit prendre le leadership mais se heurte à l’opposition du quai d’Orsay. «En discutant avec le directeur de cabinet du quai d’Orsay à propos de la Déclaration relative aux droits de l’Homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre pilotée par la France en 2008, notamment grâce à Rama Yade, j’ai compris qu’il ne voyait pas la différence entre une déclaration et une résolution. De même, François Zimeray, l’ambassadeur pour les droits de l’Homme, m’a fait comprendre qu’il aurait soutenu ma démarche si Hillary Clinton avait fait des choses importantes pour les LGBT, alors que peu de gens dans le monde ont le pouvoir et la volonté de faire ce qu’elle a accompli. Il y a une telle ignorance et une telle mauvaise foi que je ne sais plus comment agir dans ces conditions.»

UNE STRATÉGIE DIFFÉRENTE
Contacté par Yagg, François Zimeray ne souhaite pas rentrer dans la polémique, et affirme que le ministère des Affaires étrangères est loin d’être inactif sur le terrain des droits des LGBT:

«Je n’ai pas de leçons à prendre de Louis-Georges Tin. J’ai un grand respect pour son engagement, mais les choses sont beaucoup plus compliquées que ça. Concernant la résolution, tous nos diplomates, tous nos spécialistes nous ont dit d’attendre car à vouloir prendre le leadership maintenant, nous risquons de perdre et si nous perdons, on va encore en prendre pour 10 ans. Avec Louis-Georges Tin, nous voulons la même chose, mais nous avons des stratégies différentes. J’ai eu de nombreux débats avec lui sur ces questions.»

C’est le vice-président du comité Idaho France Alexandre Marcel qui prendra la suite de Louis-George Tin au niveau national. Concernant l’Idaho International, des élections auront lieu prochainement. «Le comité Idaho va poursuivre son travail et je continuerai le combat par d’autres moyens, affirme Louis-Georges Tin. Il reste beaucoup de choses à faire.»

Via Phan Bigotte.