Le samedi 16 février, la vie de Kaitlyn «Kate» Hunt a basculé. Majeure depuis peu, elle a été arrêtée par la police en raison d’une relation amoureuse qu’elle avait eue, alors qu’elle était encore mineure, avec une autre lycéenne. La plainte est venue des parents de la girlfriend, contre l’avis de celle-ci, raconte le père de Kate, Steven Hunt Jr, sur le site xoJane. Kate a proposé de cesser tout contact et de quitter l’État si la plainte était retirée mais le procureur et les parents de l’autre jeune fille ont refusé.

Les deux jeunes filles se sont rencontrées au lycée à la rentrée 2012. Malgré la différence d’âge – Kate a eu 18 ans en septembre, sa petite amie en avait 14 –, elles suivaient les mêmes cours. Elles étaient toutes deux membres de l’équipe de basket. Mais lorsque la coach de l’équipe a compris que les deux lycéennes sortaient ensemble, elle a exclu Kate et prévenu les parents de son amie, des parents convaincus que Kate a «rendu» leur fille lesbienne.

«Elles ont eu cette relation alors qu’elles étaient toutes deux mineures, souligne Steven Hunt Jr, et les parents de la petite amie de ma fille ont attendu qu’elle ait 18 ans pour la faire arrêter. Ces gens ne sont jamais venus nous voir, n’ont jamais essayé de parler avec nous, n’ont pas demandé à l’école de nous parler et de nous dire que le fait que les filles sortent ensemble posait problème, pas un seul mot. Au lieu de cela, ils ont préparé leur vengeance et ont fait arrêter Kate.»

Kate, dont c’était la dernière année de lycée, a dû mettre fin à sa scolarité, expulsée de l’école par le rectorat, à la demande des parents de sa petite amie et ce, bien que deux juges aient décidé qu’elle devait pouvoir continuer à aller en cours. Un groupe Facebook a été créé pour rassembler les soutiens, une pétition en ligne a été lancée, signée entre autres par Anne Rice et Evan Rachel Wood, et les Anonymous s’en sont mêlés, avec le hashtag #OPJustice4Kaitlyn sur Twitter.

«Ce type de situation arrive tous les jours dans des dizaines de milliers de lycées à travers le pays, écrit aussi l’American Civil Liberties Union (ACLU) de Floride, mais ces lycéen-ne-s ne sont pas poursuivi-e-s en justice (…). C’est une condamnation à vie pour un comportement adolescent très banal (…) Les amours de lycée sont peut-être passagères, mais pas les condamnations.»

«S’il est évident que des lois efficaces sont nécessaires pour protéger les enfants de Floride des prédateurs sexuels, on ne peut pas qualifier sérieusement Kaitlyn de “prédatrice”. Appliquer cette loi au comportement de Kaitlyn est un nouvel exemple de la tendance inquiétante à criminaliser les adolescent-e-s en Floride et dans le reste du pays.»

Le procureur Bruce Colton a tenu à préciser que la loi en vertu de laquelle Kate était poursuivie avait pour objectif de protéger «un groupe vulnérable» de personnes plus âgées, que la relation soit ou non consentie: «Il y a une grande différence de maturité entre elles.» «Les poursuites auraient été les mêmes s’il s’était agi d’un garçon de 18 ans et d’une fille de 14 ans», a affirmé Deryl Loar, le shérif d’Indian River County, où vit la jeune fille, lors d’une conférence de presse organisée lundi 20 mai. De fait, de nombreuses condamnations sont prononcées contre des hommes dans des situations semblables, à tel point qu’un ancien village de cueilleurs de canne à sucre, entouré de champs, est devenu un refuge pour une centaine d’entre eux (voir le reportage sur le site du New York Times). Le cas de Kate mêle deux problèmes: une loi archaïque et mal appliquée et l’homophobie de parents qui ont su convaincre la justice et le rectorat.

Kate Hunt risque jusqu’à 15 ans de prison et une inscription au registre des délinquant-e-s sexuel-le-s. Elle a jusqu’à vendredi pour accepter un compromis: assignation à résidence pendant deux ans puis une année de mise à l’épreuve.

Photos Kaitlyn Hunt lors de son arrestation (Indian River County Sheriff’s Office via Think Progress) et en cheerleader (via xoJane)

Suivez Judith Silberfeld sur Twitter: judeinparis