Pour la deuxième année consécutive, l’Ilga-Europe sort son Rapport annuel des Droits Humains sur la situation des LGBTI en Europe 2013. Il est composé une nouvelle fois d’une analyse détaillée, mais aussi d’une carte et d’un tableau comparatif. Chacun des 47 pays du Conseil de l’Europe (ainsi que la Biélorussie et le Kosovo) a été passé au crible pour déterminer selon une quarantaine de critères si les droits des personnes LGBTI sont respectés dans la législation. Comme l’an dernier, six grandes thématiques permettent de balayer l’ensemble des droits: «Droit d’asile», «Égalité et non-discrimination», «Violences et propos discriminatoires», «Famille», «Liberté d’association, d’assemblée et d’expression» et «Reconnaissance de l’identité de genre».

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(Cliquer sur la carte pour télécharger la Rainbow Map)

LA FRANCE EN PROGRÈS
Il est clair que la France a rattrapé un certain retard en remplissant 64% des critères de l’Ilga-Europe, sans pour autant atteindre la tête du classement (le Royaume-Uni avec 77%), mais est désormais sur la même marche que la Belgique (67%) et a dépassé de quelques points l’Allemagne (54%) ou les Pays-Bas (60%). L’an dernier, elle faisait clairement figure de mauvaise élève avec un retard législatif flagrant en arrivant au même niveau que l’Albanie, la Bulgarie et la Roumanie et la Serbie. À quoi est due cette remontée dans le classement européen? L’élection de François Hollande et les mesures proposées par son gouvernement ont significativement pesé dans la balance pour l’année 2012: la loi contre le harcèlement sexuel prenant en compte la transphobie (malgré l’appellation «identité sexuelle», incompatible avec les revendications des associations LGBT), le plan d’actions contre la violence et la discrimination fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre du ministère des Droits des femmes et enfin l’engagement 31 visant à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Néanmoins, il demeure plusieurs points sur lesquels la France a de gros progrès à faire: les droits des trans’ et les démarches liées au parcours de transition, mais aussi sur l’accueil des demandeurs/euses d’asile LGBT menacé-e-s dans leur pays d’origine. Sur ce dernier point, la France ne prévoit aucune disposition pour protéger des personnes étrangères persécutées à cause de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

UN OUTIL POUR AMÉLIORER LES DROITS HUMAINS
Tout en bas du classement, la Russie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan affichent des scores qui témoignent d’une homophobie et d’une transphobie d’État très préoccupantes. Si quelques améliorations timides apparaissent en Europe de l’Est, des lois «anti-propagande homosexuelle» comme en Ukraine sont adoptées, et certains pays comme la Bosnie-Herzégovine ou la Bulgarie ont eux aussi légèrement reculé. Si l’Ilga-Europe souligne la nécessité d’un tel rapport permettant de connaître les différentes situations, et donc de travailler à améliorer les droits humains partout en Europe, il est clair que le prisme de la législation n’est pas suffisant: «Cette image est loin d’être satisfaisante, insiste Gabi Calleja, co-présidente du conseil d’administration de l’Ilga-Europe. Tandis que certains pays font des scores élevés sur la Rainbow Map parce qu’ils ont de bonnes lois, la situation sur le terrain est souvent très différente. Même dans les pays avec les lois et les politiques les plus avancées, il y a étonnamment un haut pourcentage de personnes LGBTI qui doivent adapter leur comportement quotidiennement parce qu’elles craignent la violence et le harcèlement dans l’espace public.»

En même temps que la sortie du Rapport annuel des Droits Humains sur la situation des LGBTI en Europe, l’Ilga, l’organisation mère, au niveau mondial, publie son 8e rapport sur l’homophobie d’État. Ce document détaille avec précision les législations de chaque pays dans le monde.