xavier-dolan-yaggXavier Dolan, le réalisateur de Laurence Anyways et des Amours imaginaires, créateur du dernier clip College Boy d’Indochine, n’a pas beaucoup apprécié l’attitude de Françoise Laborde, membre du CSA. Cette dernière a vivement critiqué les images jugées trop violentes du clip qui montre un jeune garçon harcelé puis crucifié et criblé de balles devant des élèves aux yeux bandés et a demandé que sa diffusion soit interdite dans la journée. Le chanteur du groupe, Nicolas Sirkis, a très clairement expliqué qu’à travers cette chanson, il voulait dénoncer le harcèlement homophobe.

« VOUS ARRIVEZ AVEC 35 ANS DE RETARD »
Dans une lettre ouverte publiée par Le Huffington Post, Xavier Dolan interpelle Françoise Laborde: « Censurer mon travail parce qu’il est violent fait montre d’une grande incompréhension de l’essence du vidéoclip, dont votre lecture se limite aux surfaces, mais plus largement de votre incompréhension du contexte social dans lequel vous oeuvrez, et de l’incompatibilité de votre démarche avec cet espace-temps. En effet, Madame Laborde, vous arrivez à table pour le débat sur la légitimation de la violence à l’écran avec environ trente-cinq ans de retard. Car qu’en est-il de tous ces films qui prennent l’affiche chaque vendredi et qui banalisent le geste violent depuis les quatre dernières décennies? »

« UN GESTE PLUS AUTOMATIQUE QUE VERITABLEMENT REFLECHI »
Il s’interroge ensuite sur les moyens employés par le CSA: « Devant l’inévitable démantèlement du goût et de la moralité, plusieurs actions sont envisageables, mais votre volonté d’interdire la diffusion de mon vidéoclip aux moins de 18 ans relève d’un geste plus automatique qu’il n’est véritablement réfléchi. Vouloir les priver de notre message est comme interdire à cette même jeunesse un documentaire sur le taux de suicide chez les mineurs (…) J’aurais voulu, à cet âge, qu’on me dise tout le mal que je pouvais faire en insultant de manière incessante un camarade de classe, dans le but probable d’échapper moi-même aux brimades des autres, mais les brochures éducatives en papier glacé et les vidéos corporatifs sur l’intimidation passaient inaperçus dans la cour d’école où il fallait survivre à la meute. »
Puis Xavier Dolan puise dans l’actualité récente pour appuyer son argumentation: « Par ailleurs, la violence à laquelle les jeunes sont exposés en regardant mon clip n’est pas plus grande que la violence à laquelle ils sont exposés lorsqu’ils regardent les nouvelles françaises où des familles s’en prennent physiquement à des couples homosexuels manifestant pacifiquement… »

Comparant le CSA à un bureau de censure, Xavier Dolan termine sa lettre par une remaque sarcastique, remerciant Françoise Laborde, à son corps défendant, de lui avoir offert une si belle publicité.