[mise à jour, 18h10] Ajout de la réaction d’Act Up-Paris.

Depuis quelques mois, il existe deux lectures des déclarations des membres du gouvernement sur la question de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, l’une optimiste («pas tout de suite mais c’est en cours»), l’autre pessimiste – et de plus en plus répandue («oubliez, les filles, c’est raté»).

Mardi, c’était Dominique Bertinotti, ministre de la Famille, qui, sur Rue89, réaffirmait que l’inclusion de la PMA dans la loi famille était «subordonnée à ce que sera l’avis du Comité consultatif national d’éthique», un avis qui sera très probablement négatif (lire En promettant de «respecter» l’avis du Comité national d’éthique, François Hollande enterre-t-il la PMA?).

«Il faudra en reparler dans trois ou quatre mois, insiste la ministre. Tant qu’il n’y a pas apaisement sur le mariage et l’adoption, on ne peut pas. Si c’est pour se réagiter, ça n’a pas de sens. Il faut peut-être que les premiers mariage aient lieu… Des couples vont sortir de l’ombre. Là, il y a trop de choses qui ont besoin d’être mûries.»

Des paroles sans doute sages, mais pas franchement rassurantes pour celles qui attendent d’avoir enfin le droit de concevoir un enfant dans leur pays.

Nouvelle douche froide aujourd’hui, avec Jean-Marc Ayrault, qui, en janvier, assurait pourtant que la PMA figurerait dans la loi famille. Dans un entretien à 20 minutes, le Premier ministre concède, sans le dire, une victoire aux anti-égalité des droits. Jusqu’à employer certains de leurs éléments de langage. La PMA est-elle enterrée, interroge 20 minutes. Réponse du Premier ministre:

«On ne va pas ouvrir tous les jours un nouveau débat. Il y a un rythme pour chaque réforme. Je ne veux pas réformer en passant en force. Plus que jamais, je veux rassembler les Français autour de la bataille de l’emploi. (…) Il faut donner du temps et des signes d’apaisement. D’autres acquis viendront, par exemple l’extension de la couverture maladie universelle complémentaire à 400000 nouvelles personnes en juillet: le droit de se soigner, c’est pour tous.»

«Le droit de se soigner, c’est pour tous.» Le mariage pour tous serait-il donc pour certain-e-s? Où est passé le bel universalisme des discours de ses ministres – et les siens? Le principe selon lequel en faisant évoluer les droits d’une minorité, on fait évoluer les droits de toute la société? L’idée qu’ouvrir le mariage aux couples homos rend la société plus égalitaire pour toutes et tous?

Dans un communiqué, Act Up-Paris dénonce la «lâcheté» de Jean-Marc Ayrault. «Dès le départ, le gouvernement envoyait des signes “d’apaisement” aux homophobes: oui, l’accès à la PMA pour les lesbiennes pose problème, oui, vous avez raison, les familles homoparentales posent problème, écrit l’association. Cela n’a pas empêché les homophobes de s’emparer de la question, de condamner par avance l’accès à la PMA. De fait, le débat a déjà eu lieu autour de la PMA: où était Jean-Marc Ayrault ces dernières semaines?

«Un premier ministre avec un minimum de lucidité politique se rendrait compte que l’interview qu’il donne est un gage aux homophobes: continuez à casser du pédé, à dégrader les locaux du PS, à empêcher de parler les responsables politiques. Je vous donne raison et j’arrête le combat pour l’égalité afin de vous “apaiser”.

«Un premier ministre avec un minimum de lucidité politique se rendrait compte qu’il s’agit d’un très mauvais calcul politicien. Qui va voter pour les socialistes lors des prochaines échéances électorales? La seule avancée un peu de gauche, en moins d’un an, l’ouverture du mariage, est entachée des maladresses d’un gouvernement incapable de définir des priorités. Et si aucun responsable socialiste ne réagit, nous n’oublierons pas, nous, que la priorité de cette majorité après avoir fait un pas important, mais un pas seulement, vers l’égalité totale, n’est plus à la lutte contre l’homophobie et pour les droits des LGBT, mais bien à l’apaisement des minorités d’extrême-droite qui nous violentent.»

Trois jours après le vote par le Parlement de la loi Taubira, ce n’est pas simplement la PMA que Jean-Marc Ayrault risque d’enterrer, c’est l’espoir des LGBT d’appartenir un jour pleinement à la société.

Photo Pierre Chabaud/Matignon

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