Il est 17h05, mardi 23 avril, quand Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, visiblement très ému annonce:

«Après 136 heures et 46 minutes de débats, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.»

Il est obligé en souriant de demander un peu de calme aux député-e-s de la majorité qui scandent «Égalité, égalité».

En bas, près des rangs des ministres, Christiane Taubira reçoit une longue accolade de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement et ministre chargée des Droits des femmes. La Garde des Sceaux va embrasser Jean-Jacques Urvoas, le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, tout sourire. Les bancs de la gauche se sont retournés vers Corinne Narassiguin, députée socialiste invalidée qui avait été l’une des protagonistes de ce projet de loi avec le Parti socialiste.

Les député-e-s de l’opposition quittent l’hémicycle. Philippe Gosselin, l’un des fers de lance contre le projet de loi, est l’un des seuls élu-e-s de l’UMP à écouter la ministre de la Justice évoquer son émotion et son bonheur d’avoir porté cette loi: «C’est un texte généreux que vous avez voté, nous vous en savons gré».

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Bulle d’émotion dans un hémicycle encore secoué par un incident dans les tribunes du public. Un homme a tenté de brandir une banderole sur laquelle était écrit «référendum», quand d’autres invectivaient les député-e-s: «Sortez-moi ces excités de l’Assemblée! Les ennemis de la démocratie n’ont rien à faire dans l’hémicycle, a tempêté Claude Bartolone avant d’appeler ses collègues à se rasseoir. Ne restent plus dans cet hémicycle que les amoureux de la démocratie, donc vous vous asseyez». Le président de l’Assemblée nationale annoncera très vite qu’il entend porter plainte.

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Wilfred de Bruijn, assis avec son compagnon Olivier derrière les agitateurs, non loin de Corinne Narassiguin, raconte: «Je ne me suis pas rendu compte de ce qu’il se passait au début car j’étais très concentré sur le débat. Soudainement, une personne à côté de moi et une autre derrière moi se sont levées et ont hurlé. Dans la loge d’à côté, ils ont essayé de déployer une banderole. Les huissiers sont arrivés très vite et nous ont tous évacués, mais moi j’ai dit, je ne m’en vais pas, je reste ici, j’ai attendu trop longtemps pour ce moment, donc ils m’ont laissé sur les bancs.» Wilfred et Olivier qui ont été agressés dans la nuit du 6 au 7 avril parce qu’ils marchaient bras dessus bras dessous, sont devenus l’un des symboles de ce combat pour l’ouverture du mariage.

Dans la salle des Quatre colonnes, c’est l’effervescence des grands jours. Les protagonistes du projet de loi s’engouffrent en conférence de presse. L’opposition, elle, est déjà partie déposer le recours au Conseil constitutionnel.

Pendant les questions au gouvernement, Christiane Taubira a estimé que les premiers mariages pourraient avoir lieu mi-juin.

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