Une citation de René Char et des paroles du Temps des cerises ont bordé le discours de Christiane Taubira, mercredi, en ouverture de l’examen en deuxième lecture du projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe. Au-delà de la poésie, la Garde des Sceaux a mis en garde les député-e-s de l’opposition contre les «cracheurs de haine».

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Mariage pour tous: Discours de Christiane Taubira en 2e lecture

La ministre de la Justice évoque alors l’avenir: «Avec le temps, celles et ceux qui n’osent pas aujourd’hui entrer dans ce texte pour être confronté-e-s à la vérité de ce texte, réussiront à se poser. Dans l’apaisement, ils consentiront à ces autres qui ne les privent de rien et qui demeurent leurs frères et sœur en citoyenneté. Nul n’affirme son humanité au détriment d’autrui. Nul ne peut ouvrir son avenir en brouillant celui des autres».

La Garde des Sceaux met alors l’opposition en garde contre les violences autour des manifestations anti-mariage: «ces préoccupations n’ont rien à voir avec les cracheurs de haine (…), rien à voir avec ces factieux qui mettent en question les prérogatives même de celles et ceux qui, dans les hémicycles, se font les porte-voix outrés d’un mouvement où la sédition grimpe sur le dos de l’inquiétude. Cela n’a rien a voir avec la responsabilité de celles et de ceux qui décident de ne plus séparer le bon grain de l’ivraie. Ils devraient bien garde de ces embrassades sulfureuses qui finiront pas les faire confondre à ceux qui se livrent à des actes homophobes, ceux qui menacent, ceux qui agressent des citoyens, des élus, des journalistes, c’est à cela qu’ils s’exposent en pratiquant le travestissement du texte, en transformant le contenu de ce texte, en faisant de la surenchère, c’est à cela qu’ils s’exposent». Elle cite René Char: «Signe ce que tu éclaires et non ce que tu assombris».

Christiane Taubira définit les nouveaux horizons du projet de loi: «Il n’y a pas une mais des façons de se mettre ensemble ou de se séparer. Il y a des façons qui durent qui changent il y a des façon de bâtir ensemble en couple ou autour d’enfants un projet d’amour et de solidarité (…). Il ne revient pas à la puissance publique de dire ce qui est bien, ce qui est mieux. Elle organise en égalité les effets d’ordre public pour tous, selon la forme choisie parmi les trois possibles offertes aux couples: l’union de fait, le pacs ou le mariage. (…). Ouvrir l’institution du mariage revient simplement à reconnaître la pleine citoyenneté de celles et de ceux qui en ont été exclu-e-s. Cela revient également à assurer à des enfants qui existent la protection juridique qui leur est due».

La Garde des Sceaux parle enfin de l’avenir, des mariages futurs en citant Le Temps des cerises. En souriant, elle conclut: «Nous serons plus nombreux les gais rossignols, les merles moqueurs qui seront tous en fête et nul n’aura peur des chagrins d’amour».

Jeudi matin, critiquée par l’opposition pour l’utilisation de l’expression «western spaghetti» et de l’utilisation dans ses interventions, de poèmes, de citations, elle rétorqua, faisant allusion à la sortie du député UMP Philippe Cochet: «Je préfère mon ironie à vos insultes».

Suivez Bénédicte Mathieu sur Twitter: benedicteliesse