Chahut des grands jours, mardi 16 avril, à l’Assemblée nationale. Entre l’affaire Cahuzac qui hante encore un brin l’hémicycle, la publication du patrimoine des ministres, l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe, le menu est copieux. Au nombre de questions et au «chahutomètre», le mariage a été le plus en vue, véritable fil rouge de ces questions au gouvernement.

Interpellé par la socialiste Sandrine Mazetier, également vice-présidente de l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault répond dans le brouhaha:

«Dans notre démocratie, le droit de manifester fait partie des droits fondamentaux. Ce droit doit être respecté, sur le projet de loi concernant le mariage pour tous comme sur d’autres questions. Mais en démocratie, la violence n’est pas acceptable, tous les appels qui pourraient conduire  à la violence portent atteinte à la démocratie elle-même. Au moment où l’Assemblée nationale s’apprête à rentrer dans la phase finale du projet de loi pour le mariage pour tous, il est important d’appeler chacun à la raison et au respect des règles républicaines, du droit républicain, de l’ordre républicain et si chacun est libre de manifester, que ce soit fait dans le respect des autres. (…) Le gouvernement fera respecter l’ordre républicain, qui est la garantie de l’unité nationale».

Jean-Marc Ayrault dit encore: «Le débat a été âpre, il a été long mais il a été légitime. À chacun, maintenant, de voter en conscience et d’approuver ou de désapprouver un projet de loi qui, s’il est voté, fera honneur à la République. Chacun ici est libre de défendre son opinion et a même le devoir de le faire. Toutefois, mesdames et messieurs les députés de la droite, si vous ne voulez pas voter un texte que vous avez parfaitement le droit de contester et de combattre, vous avez le devoir de respecter la majorité issue des urnes. (…) Notre pays n’a pas besoin d’affrontement, il a besoin de rassembler autour de ses valeurs. Au-delà de ce qui nous divise, il y a l’unité de la République». Et le Premier ministre de poser la question: «Engagez-vous donc à dire que lorsque vous reviendrez au pouvoir, vous abrogerez ce texte?».

Aux éléments de langage connus – référendum, autres priorités – est venu s’ajouter, notamment, celui du passage en force. L’opposition est furieuse de se voir revenir si tôt pencher sur le sujet, qui plus est avec le temps programmé: «Comme vous le souhaitez ardemment et nous aussi, nous passerons ainsi plus plus vite à autre chose», rétorque Christiane Taubira, la Garde des Sceaux, qui porte la loi.

Le Premier ministre est appelé à démissionner et à retirer le projet de loi sur le mariage par le député UMP Philippe Cochet dans un tollé de la gauche.

Sur la radicalisation du mouvement, Manuel Valls répond aussi. Répétant peu ou prou les propos qu’il a tenus ce matin sur RTL, le ministre de l’Intérieur s’indigne «qu’il y ait parmi les manifestants, des groupes extrémistes de droite que je ne vous ai jamais entendus dénoncer. Identitaires, GUD, qui s’en prennent aux forces de l’ordre, qui menacent directement la République, ça nous ne tolérons pas. Nous n’accepterons jamais la violence dans la rue, ceux qui défient les lois de la République».

«NE PAS JETER D’HUILE SUR LE FEU»
Dans la salle des Quatre colonnes, des députés UMP condamnent la radicalisation, ainsi Philippe Gosselin, l’un des pourfendeurs de la loi: «Je condamne fermement le harcèlement des ministres, des députés», explique le député de la Manche qui regrette l’accélération du calendrier. Même regret chez Franck Riester qui votera la loi: «Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu malgré la provocation du gouvernement», explique le député de Seine et Marne. Franck Riester rappelle aussi qu’il s’oppose au défilé des élu-e-s de son parti dans les manifestations contre le mariage: «Nous devons veiller à ne pas jeter d’huile sur le feu», répète-t-il. La deuxième lecture? «Passons à autre chose, respectons la volonté démocratique. On ne peut pas dire qu’il y a des choses plus importantes et mettre toute notre énergie sur ce projet de loi».

La salle des Quatre colonnes où se retrouvent député-e-s et journalistes, notamment, et où l’on a pu s’intéresser à la tendance des prochains jours et de l’examen de la loi en deuxième lecture. Si l’opposition semble tendue vers la Conseil constitutionnel, Hervé Mariton, député de la Drôme, par exemple, a expliqué que l’article 16 bis du projet de loi comprenait une faille – le coming-out obligatoire que devrait faire un salarié muté dans un pays homophobe , comme il le soutenait déjà en première lecture. Par ailleurs, les député-e-s opposé-e-s au mariage useront-ils/elles de leur temps d’explication de vote (5 minutes par personnes non décomptées des 25 heures programmées)? Sur cette question, les avis divergeaient cette après-midi, entre une certaine lassitude, une volonté d’en finir, ou de combattre encore un peu.

Les questions au gouvernement auront connu aujourd’hui deux moments de concorde: lorsque Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, a rendu hommage aux victimes de l’attentat du marathon de Boston, ou encore, quand le radical Alain Tourret, se tournant vers Claude Bartolone a déclaré: «Nous sommes fiers, dans la tourmente que les parlementaires traversent, de vous avoir comme président de l’Assemblée nationale». L’hémicycle presque a longuement applaudi un président souriant.

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