Le Sénat a repris ses travaux, jeudi matin. Le débat sur le projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe portait sur les noms de famille. L’opposition indique en substance qu’à terme les noms vont être dilués et entraîner un problème d’identité pour les enfants. Ici encore, la discussion est longue avec de nombreuses prises de parole – les explications de vote – venues des bancs de la droite.

Un instant dans la soirée est digne d’une scène de théâtre. Il a lieu à 23h40, comme une respiration dans une séance plutôt tendue: Jean-Pierre Leleux, sénateur UMP des Alpes-Maritimes cite alors Jacques Chaban-Delmas, ancien premier ministre, député-maire de Bordeaux, président de l’Assemblée nationale (mort en 2000), Nicolas Dupont-Aignan, député non-inscrit de l’Essonne et Valéry Giscard D’Estaing, ancien président de la République.

Voici la scène retranscrite dans le compte-rendu analytique du Sénat qui résume les propos tenus mais racontent aussi l’ambiance au sein de l’hémicycle.

«M. Jean-Pierre Leleux. – Mes chers collègues, je vous en conjure, ne votez pas cet article.
M. Jean-Marc Todeschini [Lorraine, PS]. – Il va pleurer !
M. Jean-Pierre Leleux. – Cet article va bouleverser notre société. Le besoin de se situer, de s’inscrire, de se réinscrire dans sa filiation, dans son histoire est un besoin viscéral, qui s’exprime de plus en plus.
M. Chaban-Delmas se marie avec M. Dupont-Aignan. (Sourires) Quel nom donner à leur enfant ?
M. Gérard Larcher [UMP, Yvelines] – Bordeaux ! (Rires)
M. Jean-Pierre Leleux. – Aignan-Delmas ou Chaban-Dupont. Imaginez une rencontre de ce dernier avec M. Giscard d’Estaing. (On s’amuse franchement sur de nombreux bancs) Nous aurons un Chaban-Giscard. (Rires)
M. Marc Daunis [PS, Alpes-Maritimes]. – Et Gnafron, il arrive quand ?
M. Jean-Pierre Leleux. – J’adore jouer avec les mots comme vous tous ; mais, trêve d’humour, ne jouons pas avec les noms patronymiques, ils ont un sens, une histoire. Je vous en conjure, ne votez pas cet article ! (Applaudissements à droite).»

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