«Je me félicite quand j’entends que sur ces bancs personne n’est homophobe.»

C’est ainsi que Dominique Bertinotti s’est adressée hier aux sénateurs/trices chargé-e-s de débattre autour du projet de loi sur le mariage pour tous. Aux cris de protestations émanant d’une certaine partie de l’hémicycle, difficile de ne pas voir à qui s’adresse la pique. Car cela n’a pas échappé à la ministre chargée de la Famille, bon nombre de parlementaires de droite se sont une fois encore obstinément défendu-e-s de toute homophobie en dépit de leur opposition au projet de loi: Marie-Hélène Des Esgaulx («Je ne suis pas homophobe, que les choses soient très claires, et je condamne les débordements»), Jean-Pierre Raffarin («Je suis révolté des propos entendus tout à l’heure. On nous a traités d’homophobes! On nous a traités de délinquants»), ou encore Marie-Annick Duchêne («J’ai participé à la manifestation et je n’y ai pas rencontré des homophobes, mais des hommes et des femmes qui disaient leur mal-être»)

LES SÉNATEURS/TRICES FACE À LEURS CONTRADICTIONS
Dominique Bertinotti questionne alors des notions maintes fois entendues depuis le début des débats, celles de droit à l’enfant et droit de l’enfant: «Je m’interroge sur le lien que vous faites entre “homosexuels” et “droit à l’enfant”. Si tant est qu’un tel droit existe, il s’adresse indifféremment aux homosexuels et aux hétérosexuels. Il y a un désir d’enfant qui, faute de pouvoir se satisfaire de façon “naturelle”, cherche à s’exprimer dans l’adoption. Je dirai la même chose des couples hétérosexuels qui recourent à l’assistance médicale à la procréation.» La ministre enchaîne, met les sénateurs/trices de l’opposition face à leurs contradictions, tandis que montent les exclamations outrées à sa droite: «On peut combattre ce processus, mais pourquoi faire comme s’il n’était pas le fait d’hétérosexuels? Je suis étonnée que votre réflexion n’aille pas jusqu’au bout et ne concerne pas les hétérosexuels.»

«LA LOI FAMILLE VIENDRA QUAND L’ÉGALITÉ SERA RÉALISÉE»

«Vous défendez la belle idée d’une famille idéale… A-t-elle jamais existé? Si elle existe, elle n’est qu’une forme parmi d’autres: notre société est faite de la diversité des formes de famille, que cela vous plaise ou non, que cela me plaise ou non, martèle Dominique Bertinotti. Ce que nos concitoyens demandent, c’est de reconnaître à droits et devoirs égaux cette diversité réelle. La grande loi famille que vous appelez de vos vœux, ce n’est pas tout ou rien. Ce sont des questions de fond. Pour faire une telle loi, encore faut-il que toutes les familles soient mises sur un pied d’égalité. La loi famille viendra quand l’égalité sera réalisée.»

Dominique Bertinotti salue par la suite la prise de parole de la sénatrice UMP Fabienne Keller, qui un peu plus tôt dans l’après-midi a apporté son soutien au projet de loi (lire Fabienne Keller: «J’ai fait mon choix par rapport à mes convictions»). En écho à ces félicitations teintées d’ironie en début d’intervention, elle s’adresse finalement aux sénateurs/trices de l’opposition avec véhémence:

«Ce que réclament les homosexuels, c’est une banalisation. Votre discours revient à leur dire: “On vous tolère, mais on ne vous accepte pas”.»

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