Lors de la première journée de débats autour du mariage et l’adoption pour tous les couples, trois sénateurs ultra-marins se sont positionnés pour l’égalité et ont fait savoir leur intention de voter pour la loi. Leurs discours ont permis de montrer que la France d’outre-mer n’est pas toute entière acquise à la cause des opposant-e-s au mariage pour tous, ni ne souhaite un aménagement de la loi en fonction de ses traditions.

LA FRANCE D’OUTRE-MER FORCÉMENT OPPOSÉE A L’ÉGALITÉ?
Lors de son intervention, Serge Larcher a rappelé que si les outre-mers étaient perçus à juste titre comme des territoires encore empreints d’un fort attachement aux coutumes locales et à la religion, cela ne signifie pas que l’ensemble de la population ultra-marine s’oppose à ce projet de loi. Le sénateur de la Martinique a vivement dénoncé cet amalgame bien commode pour les opposant-e-s à l’égalité des droits: «Il semblerait qu’on ait voulu faire de nos territoires des bastions symboliques de la résistance au mariage pour tous, la citadelle imprenable de la défense des valeurs dites traditionnelles. La vérité, c’est qu’il est pratique d’entretenir la confusion entre importance du fait religieux outre-mer et conservatisme social.»

LA LAÏCITÉ AVANT TOUT
Le sénateur de Mayotte Thani Mohamed Soihili n’a pas manqué de dénoncer vivement le comportement de l’association Civitas qui priait aux abords du Sénat et a rappelé que selon le principe de laïcité, une telle démonstration ne devrait pas avoir lieu: «Cette interdiction ne saurait s’appliquer qu’aux seuls musulmans de ce pays.» Il a par la suite vivement plaidé pour la reconnaissance des familles homoparentales: «Ces enfants existent. Nous ne pouvons pas les ignorer sous prétexte qu’ils heurtent nos représentations morales ou religieuses.» Pour Thani Mohamed Soihili, l’argument de la religion ne peut en aucun cas s’opposer aux principes républicains: «Je crois qu’on ne peut revendiquer cette appartenance à la République et réclamer l’application du droit commun tout en faisant valoir des particularités locales lorsqu’un projet de loi nous contrarie. Il ne peut y avoir de rupture du pacte républicain, surtout pas quand il s’agit de liberté.»

LE MARIAGE POUR TOUS, UNE AVANCÉE DÉMOCRATIQUE
Pour Jean-Étienne Antoinette, sénateur de Guyane, c’est au nom des valeurs républicaines que cette loi doit être adoptée et appliquée sans réserve: «Reconnaître aux homosexuels la possibilité de se marier, c’est reconnaître l’engagement public de cette liberté, c’est là une avancée démocratique, a-t-il souligné. Et ceux qui brandissent encore comme une évidence désespérée que l’enfant a droit à un père et une mère profèrent une lapalissade et font semblant d’oublier que jamais la nature ne changera cette vérité biologique.» Enfin, tout comme le sénateur Serge Larcher, il a critiqué l’opposition pré-supposée des ultra-marins au projet de loi: «Pour ceux qui spéculent sur les outre mers, qu’ils sachent que sur ces valeurs de liberté et d’égalité, les outre mers ont historiquement une attitude revendicative, tout au moins de dignité.»

Photos: Senat.fr