Chacun à leur manière, un sénateur UMP, Alain Milon et une sénatrice UDI, Chantal Jouanno, se sont démarqués de leur clan politique en affirmant dès le premier jour des débats leur intention de voter en faveur du projet de loi porté par le gouvernement de François Hollande.

ALAIN MILON: «LES INCERTITUDES DOIVENT-ELLES PRIVER DE DROITS?»
En soulignant la complexité du projet de loi, Alain Milon a cherché à montrer que ce débat était aussi matière à réflexion: «Nous sommes face à un texte qui nous oblige à nous interroger sur nos valeurs, notre conception de la société, et plus particulièrement ici, sur sa cellule de base qu’est la famille.» Face à son clan politique très majoritairement opposé à l’égalité, il a finement mis le doigt sur le fait qu’une telle hostilité pouvait très probablement être générée par l’impossibilité de prévoir les conséquences de la loi: «C’est pousser une porte, mais sans savoir si elle nous conduit vers un nouvel espace de droit ou de liberté, ou si tel Pandore, nous ouvrons une jarre dont le contenu peut nous échapper.»

Mais si des doutes assaillent les parlementaires, Alain Milon suggère que la législation peut justement apporter des réponses: «Ces incertitudes doivent-elles empêcher d’avancer? Doivent-elles nous condamner à l’immobilisme? Doivent-elles priver certains de nos concitoyens de droits? La peur n’a jamais empêché le pire, plutôt que de l’empêcher ou le nier, il s’agit donc de l’anticiper et de le préparer.» Enfin, le sénateur affirme son soutien à l’ouverture de l’adoption: «Reconnaître la possibilité d’adopter présente l’avantage d’offrir une stabilité à l’enfant, lève les tabous, renforce la transparence qui est bénéfique pour son épanouissement.» Néanmoins il émet très clairement des réserves sur la PMA, et souhaite aussi dissocier mariage et adoption plénière, au risque selon lui de créer «une identité décrochée de la filiation naturelle et tronquée, dépourvue d’une ligne paternelle ou maternelle.»

CHANTAL JOUANNO: «CETTE DIVISION NATIONALE AURAIT PU ÊTRE ÉVITÉE»
Soutien de longue date du mariage pour tous, c’est par une vive critique du gouvernement teintée d’amertume que Chantal Jouanno a commencé son intervention: «Vous avez réussi, sur un débat qui devrait parler d’amour, à diviser la société en deux catégories, d’une part les irresponsables, et d’autres parts les ringards. Et vous avez réussi à ce que des hommes et des femmes qui n’ont pas choisi leur sexualité soient, au mieux instrumentalisé-e-s, au pire humilié-e-s.»

«Est-ce que le rôle du législateur est de définir les contours de la famille ou de créer les conditions de développement? questionne l’ancienne ministre. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de ce texte, c’est qu’il devrait être porté par la droite, car la demande en mariage est une demande fondamentalement conservatrice.» L’homophobie ambiante ne lui a bien sûr pas échappé: «La violence des propos est effrayante et je suis aussi atterrée par l’immoralité de certaines actes», a-t-elle glissé en référence aux agissements «méprisables et destinés à faire le buzz» de la Manif pour tous à son encontre le matin même.

«Sans doute cette division nationale aurait pu être éviter si l’on avait eu le courage ou l’intelligence de retirer du code civil le mot mariage pour le réserver à la sphère religieuse», critique la sénatrice. Mais Chantal Jouanno tacle avec autant de vigueur l’opposition: «Entre droit à l’enfant, droit de l’enfant, l’opposition est un peu caricaturale, reconnaissons-le, car depuis la contraception, le droit à l’IVG et la procréation médicalement assistée, l’enfant est le fruit d’un choix et d’un projet parental.»