L’affaire, une autre, secoue le monde du sport depuis hier et fait, jeudi 4 avril, la une de L’Équipe. Joey Barton, joueur de l’Olympique de Marseille s’est déchaîné, ces derniers jours, via Twitter sur Thiago Silva, joueur du Paris Saint-Germain. En vrac, le Britannique le qualifie d’obèse, de mauviette, de «ladyboy». Parmi les saillies, le joueur britannique demande au joueur brésilien s’il est transsexuel, post-op ou pré-op.

Colère du club parisien et de Thiago Silva qui «se réservent le droit d’intenter toute action qu’ils jugeront nécessaire», indique le Paris Saint-Germain dans un communiqué, mercredi 3 avril: «Les dirigeants du Club, les joueurs et le staff technique, solidaires de Thiago Silva, ne sauraient accepter de tels propos. Ils réaffirment leur attachement sans faille aux valeurs de respect qui devraient être la règle de notre sport».

L’Olympique de Marseille et Joey Barton «tiennent à présenter leurs excuses à Thiago Silva et à son club pour les propos déplacés tenus par le joueur anglais sur les réseaux sociaux lors des trente-six dernières heures, a indiqué le club phocéen dans un communiqué. Ce matin, la direction olympienne a demandé à Joey Barton de mettre un terme à la polémique qui l’opposait au défenseur brésilien de Paris. Le milieu olympien s’est engagé à cesser immédiatement la mise en ligne de tout propos désobligeant à l’encontre de Thiago Silva».

Cesser la mise en ligne. Les tweets précédents étaient encore en ligne ce jeudi à l’heure où nous publions cet article. Par ailleurs, le Conseil national de l’éthique a indiqué son intention de ne pas donner suite aux propos de Barton, selon 20 Minutes.

À l’origine de l’affaire, des premiers propos salés de Joey Barton sur un compatriote de Silva, Neymar, lors d’un match amical entre le Brésil et la Russie le 28 mars, ici encore sur Twitter («Neymar est le Justin Bieber du football. Brillant sur Youtube, du pipi de chat dans la réalité.»). Silva a repondu à ces propos, début de l’histoire donc.

Joey Barton n’en est pas à ses premières déclarations du genre, comme le rappelle la presse ce jeudi matin. Cette affaire rappelle aussi que le sport – le football – n’en finit pas de lutter contre tant de clichés. Une situation résumée dans un post publié sur le site TXY:

«Il y a une phrase idiote, mais vraiment très idiote qui dit: “Si t’es brésilien, soit t’es joueur de foot, soit t’es transsexuel”. Ça ne s’invente pas! C’est dans le comique populaire. Il est vrai que joueur de foot professionnel cela doit être plus gratifiant à ses yeux qu’être transsexuel (au masculin qui plus est!!). Ses propos n’engagent que lui!

Donc, ce monsieur a décidé d’insulter Thiago Silva en le traitant de trans’ (…).

Alors ses insultes à l’égard de Thiago Silva, déjà, il se les garde car finalement elles n’intéressent personne, et ses insultes à notre encontre aussi. Nous valons certainement beaucoup mieux que lui. Qu’il fasse son métier. Qu’il marque des buts pour son club, c’est pour cela qu’il est payé, pas pour insulter la population trans’, ni les trans’ brésiliennes! Mais surtout, qu’il nous oublie! Qu’il ne nous fasse pas en plus l’insulte de s’occuper de notre existence.

Il ne connaît rien de nous, et ses propos transphobes le confirment aisément. Il y a chez nous comme chez les cisgenres des citoyennes et des citoyens qui demandent à vivre leur vie sans tout le temps faire l’objet de railleries. Il en côtoie même peut-être dans sa vie. Et il se peut même que certaines d’entre nous l’aient aidé un jour. Il doit des excuses à Thiago Silva, mais il doit aussi des excuses à tou-te-s les transsexuel-le-s qu’il a ainsi insulté-e-s et plus particulièrement les brésiliennes transsexuelles qu’il a ainsi directement visées. Et même, il doit des excuses aux Brésiliens car derrière ses insultes se terre une belle xénophobie (…)».

On avait connu Joey Barton plus inspiré. Le footballeur s’était en effet distingué sur le sujet de l’homophobie dans le football anglais et sur le coming-out. C’était dans un documentaire diffusé en janvier 2012 par la BBC. «C’est un sujet qui me tient à cœur parce que le plus jeune frère de mon père, mon plus jeune oncle, est gay, racontait-il (…). Il ne fait aucun doute pour moi qu’il y aura un coming-out de footballeur dans les 10 prochaines années. Ma seule crainte, c’est que certains managers et individus du milieu fassent preuve de discrimination. Ces figures archaïques pensent que si elles avaient un joueur homo, il se passerait toutes sortes de choses dans les vestiaires. Ce n’est pas le cas. Honte sur eux et leur manque d’intelligence et de connaissance de la société. Ils me font un peu pitié (…). Et je pense qu’il est important que ce que cette génération de joeurs laissera comme souvenir soit une génération qui n’a pas seulement aidé à améliorer le jeu et les équipes dans lesquelles ils auront évolué mais aussi la culture et la société des clubs de foot.»

Photo Capture

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