Malgré les dénégations de ses responsables, le défilé de la «Manif pour tous» a bel et bien emprunté le chemin de la violence hier. Aucun incident particulier n’est à déplorer sur le parcours initial, de la porte Maillot au podium de l’avenue de la Grande Armée. Des militantes pro-égalité des droits y ont déployé une banderole «L’égalité vaincra» avant d’être délogées par le service de sécurité et la police.

La suite de la manifestation a été beaucoup moins bon enfant. Plusieurs manifestant-e-s ont tenté de forcer les barrages de police pour rejoindre les Champs-Élysées, un axe de circulation pourtant interdit aux manifestant-e-s par la préfecture de police. Plusieurs d’entre eux/elles ont utilisé leurs enfants pour s’approcher des barrages et faire reculer les forces de l’ordre. Sur RTL ce matin, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a expliqué que celles-ci ont utilisé des aérosols pour riposter.

Les manifestant-e-s avaient reçu pour consigne de déborder par les rues débouchant sur l’avenue des Champs-Élysées, comme le révèle un mail publié par Samuel Laurent, journaliste au Monde.

Après les «appels au calme» du député UMP Hervé Mariton destinés à attiser la colère des manifestant-e-s contre le gouvernement, la foule présente a réagi avec violence.

http://youtu.be/P9-NZSgQQzI

Si vous ne parvenez pas à voir la vidéo, cliquez sur Manif pour tous: Hervé Mariton dans la cohue ! 2013 03 24

C’est dans ces circonstances que la présidente du PCD Christine Boutin s’est aventurée sur les Champs-Élysées, comme elle l’a expliqué sur RFI. «À ce moment-là, j’ai reçu des gaz lacrymogènes, j’ai été visée», déplore-t-elle avant d’expliquer qu’elle s’est rendue sur l’avenue par «jeu». Dans la mesure où la préfecture de police a signalé depuis plus d’un mois que l’avenue n’était pas ouverte à la manifestation, l’attitude de la responsable politique confine à la mauvaise foi.

Si vous ne parvenez pas à voir la vidéo, cliquez sur Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate

Les forces de l’ordre ont rapidement restreint l’accès aux Champs-Élysées qui devaient initialement être ouverts au public. Elles ont conseillé aux passant-e-s d’y accéder par les rues perpendiculaires. La circulation des voitures a été interrompue. Pendant ce temps, des manifestant-e-s opposé-e-s au projet de loi ouvrant le mariage agitaient leurs drapeaux «Manif pour tous» sur l’avenue. La police a également établi des barrages dans les rues débouchant sur l’avenue pour canaliser le flux. Là encore, les manifestant-e-s ont fait preuve de violence. «Hollande recule, on t’encule!», pouvait-on entendre rue de Tilsit. Déterminé-e-s à passer coûte que coûte, des manifestant-e-s ont de nouveau placé leurs enfants au premier rang pour forcer les barrages de police. Sur la vidéo suivante, à partir de 3’50, un homme prononce distinctement: «On va mettre les enfants devant».

Si vous ne parvenez pas à voir la vidéo, cliquez sur « manif pour tous » : la police charge les manifestants

Sur l’avenue des Champs-Élysées, les revendications et les slogans se sont radicalisés. «On est chez nous», scandaient plusieurs nationalistes. Plusieurs centaines de manifestant-e-s se sont rassemblé-e-s à hauteur de l’intersection avec les avenues Montaigne et Franklin D. Roosevelt. Arrêté-e-s dans leur avancée par des camions des forces de l’ordre, ils/elles ont stationné là pendant plusieurs heures, allumant régulièrement des feux de Bengale. Plus le temps passait, plus la foule présente est devenue plus virulente. On dénombrait de moins en moins de femmes et d’enfants, au profit d’hommes qui semblaient vouloir en découdre avec la police. Plusieurs d’entre eux arboraient les insignes du GUD, une organisation d’extrême-droite. Aux côtés des drapeaux de la France ou de la «Manif pour tous», on pouvait apercevoir celui du Conseil général de la Vendée. Les royalistes étaient également représenté-e-s, emmitouflé-e-s dans des drapeaux fleur-de-lys ou arborant le journal L’Action française. Quelques tentes Quechua ont par ailleurs été installées.

La circulation a progressivement été rouverte en haut de l’avenue. Les véhicules des forces de l’ordre ont lentement avancé vers le rond-point, s’arrêtant à hauteur de la rue du Colisée pour prendre les manifestant-e-s en tenaille. Quelques minutes après 20 heures, la police a encouragé la foule à se disperser, sans succès. Béatrice Bourges, présidente du Collectif pour l’enfant, l’une des associations coordinatrices de la «Manif pour tous», a dans le même temps appelé les manifestants à «dormir sur place» et s’est réjouie de l’éveil du «printemps français», alors même que des manifestant-e-s s’emparaient de barrières pour attaquer les forces de l’ordre. Dans son intervention sur i>Télé, Virginie Merle-Tellenne, alias Frigide Barjot, a tenu à se démarquer de ce mouvement et a nié avec véhémence les accusations de violence.

Si vous ne parvenez pas à voir la vidéo, cliquez sur Frigide Barjot n’a pas vu les violences

Peu après 20h30, les forces de l’ordre ont utilisé des fumigènes pour faire fuir les manifestant-e-s encore présent-e-s. Ceux/celles-ci ont finalement reculé et emprunté les rues perpendiculaires à l’avenue des Champs-Élysées pour quitter les lieux. Selon Manuel Valls, 98 personnes ont été interpellées. Six d’entre elles ont été placées en garde à vue. Par ailleurs, la députée EELV Isabelle Attard a porté plainte après qu’elle a découvert une affiche de la «Manif pour tous» apposée sur la barrière de sa maison.

En réplique à la manifestation parisienne, un rassemblement similaire avait lieu à Londres. En face, des militant-e-s pro-égalité des droits se sont également retrouvé-e-s à Trafalgar Square pour dire leur soutien à l’ouverture du mariage.

Photo DR

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