Une lettre anti-égalité signée par un évêque, une conférence au titre clairement homophobe, le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron s’est surpassé pour montrer son opposition au projet de loi Taubira à l’approche du 24 mars. Une association LGBT, ainsi que deux député-e-s PS ont réagi. Cette semaine, le programme de préparation de «Diocèse en Fête» annonçait une conférence intitulée «Le mariage homosexuel: insensé ou immoral?» mercredi et jeudi 20 et 21 mars. L’événement était animé par Jean Villeminot, diacre et ancien directeur général de Famille Chrétienne.

«REJET ET EXCLUSION»
Face à l’intitulé de la conférence de Jean Villeminot, l’association LGBT basque Les Bascos a fait part de toute son indignation:

«De toute évidence pour certains les temps lointains où l’on réprimait les sodomites ne sont pas vraiment tout à fait révolus et ils croient pouvoir imposer encore leurs dogmes à la société laïque. On peut se demander en définitif si ce qui est “insensé ou immoral” ce n’est pas en fait d’organiser en 2013 une conférence sur un tel thème. L’association des lesbiennes et gays du Pays basque demande à l’évêché de cesser de diffuser de tels messages de rejet et d’exclusion.»

Mais l’évêché en question prendra-t-il en compte cette demande de l’association? Peu probable, à en juger par les positions de l’évêque, Marc Aillet.

«PROJET TOTALITAIRE» ET «CULTURE DE MORT»
Mgr Marc Aillet est bien connu pour ses positions anti-égalité des droits, et avait même pris à partie la députée Colette Capdevieille en décembre dernier. L’évêque du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron a réitéré tout récemment son engagement auprès de la «Manif pour tous». C’est dans une tribune publiée sur le site du diocèse que Marc Aillet appelle sans détours à marcher dimanche 24 mars contre le projet de loi sur le mariage pour tous. À grands renforts d’expressions grandiloquentes, l’évêque martèle sa crainte de la destruction de la société, des valeurs, fustige un gouvernement qui s’apprêterait à plonger la France dans le chaos, et inclut pêle-mêle d’autres combats qui l’animent:

«Au bout du compte, ce projet totalitaire n’a d’autre objectif que d’imposer à l’ensemble de la société une politique hélas synonyme de “culture de mort” (promotion de l’idéologie du genre, mesures visant à faciliter l’accès des femmes à l’IVG, remise en cause annoncée de notre politique familiale et du droit de la famille, légalisation programmée de la procréation médicalement assistée, autorisation des expérimentations sur l’embryon humain, du “suicide assisté”, des “salles de shoot”, etc.).»

Plus tard l’évêque se dédouane de toute homophobie: «Je n’oublie pas pour autant les souffrances des personnes homosexuelles et de leurs familles, pour lesquelles l’Église a une longue expérience d’accompagnement pastoral.»

DES «RAISONS DÉCALÉES ET OUTRANCIÈRES»
Le député de l’Isère et rapporteur du projet de loi à l’Assemblée Erwann Binet et la députée des Pyrénées-Atlantiques Colette Capdevieille ont réagi dans une lettre ouverte à l’évêque Aillet:

«Votre lettre est certes un appel plus qu’un argumentaire. Les raisons que vous avancez – “déconstruction de la société”, “destruction de la personne humaine”, “projet totalitaire”, “culture de mort”  – paraissent néanmoins quelque peu décalées et outrancières alors que nous parlons du couple et de la famille. Les discriminations dont les homosexuels font l’objet doivent être combattues. Nous pensons que la reconnaissance par la loi de l’égalité entre les couples et entre les familles est le seul moyen de lutter contre ces discriminations.»

En conclusion les deux député-e-s fustigent cet appel à manifester contre l’égalité et la conduite de cet évêque qu’il et elle jugent incapable de voir et d’entendre la réalité de la société française:

«Votre courrier est pétri de certitudes. À aucun moment le doute ne vous anime. Vous exigez de vos “ennemis” une écoute et une compréhension que vous-même, vous leur refusez. Sans doute certains de vos fidèles vous suivront pour commencer la semaine sainte par un “combat” qui refuse l’Égalité à une partie de la population. Nous espérons pour notre part, qu’ils seront le moins nombreux possible.»

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