Du jeu de la politique en général, du jeu en particulier. Ciel gris, terrain lourd mais ambiance joyeuse, samedi 16 mars au stade ASPTT de Pantin. En ce dernier week-end de Tournoi des VI nations 2013, des hommes politiques ont aussi chaussé les crampons pour jouer au rugby. Le XV parlementaire français rencontre le XV parlementaire écossais et sera finalement battu (15-10).

UN MINISTRE À L’AÎLE
C’est presque un cliché, on a quitté les pourpres de la République, les costume-cravate pour une pompe plus conviviale: visages constellés de boue, maillots maculés par les contacts, les plaquages, protège-dents, grognements, corps parfois en vrac. De gauche, de droite, des députés, des sénateurs, des attachés parlementaires se jouent de la mêlée, des plaquages, de la touche. Samedi, aux côtés de six députés (Alexis Bachelay, Pascal Deguilhem, Philippe Folliot, Jérôme Guedj, Razzy Hammadi et Michel Pouzol), il y avait un ministre à l’aile, Benoît Hamont.

Le XV parlementaire est une tradition dans quelques pays de la planète ovalie, du Japon à l’Écosse, l’Argentine, l’Afrique du Sud, la France ou la Nouvelle-Zélande. Les Coupes du monde précèdent la compétition masculine, tous les quatre ans, des tournées aussi. Le Tournoi des VI nations est donc l’occasion de retrouver les Anglais (défaite il y a 15 jours à Londres) et donc les Écossais. Aucun argent public ne finance l’équipe. Le XV a des partenaires privés pour vivre, ainsi le «sponsor maillot» EADS.

En France, une première formation est née en 1976 à l’Assemblée nationale et joue quelques rencontres contre une équipe du Sénat. Le XV parlementaire apparaît 15 ans plus tard et connaît son premier France-Angleterre en 1991. Quatre ans plus tard, c’est la première aventure en Coupe du monde. La France a terminé deuxième du dernier Mondial derrière la Nouvelle-Zélande, meilleure formation du monde ici aussi. Il y a en rugby des choses immuables.

«L’OCCASION DE SE RETROUVER HORS HÉMICYCLE»
Et comment s’entraîne-t-on quand on est parlementaire? «On ne s’entraîne pas, nous y viendrons peut-être», explique Bernard Durand, l’entraîneur de la bande qui entend garder aussi l’esprit décontracté de l’affaire. L’homme aujourd’hui à la retraite, qui a tenu la buvette parlementaire pendant 35 ans, se veut d’ailleurs «plus animateur qu’entraîneur».

«C’est l’occasion de se retrouver hors hémicycle, explique Jérôme Guedj, député de l’Essonne au tonique jeu de passe malgré une parenthèse de rugby de 25 ans. Il y a une bonne ambiance, c’est notoire. C’est aussi un moyen de faire du sport.» Pour lui, tout est parti d’un dîner avec le président de la Fédération française de rugby, Pierre Camou, Philippe Saint-André, le sélectionneur du XV de France, et quelques parlementaires férus de rugby dont Philippe Folliot, co-président du XV parlementaire: «Ils m’ont dit, “comment ça, tu es président du Conseil général de l’Essonne, tu as la Fédération française de rugby chez toi – Marcoussis –, vous allez avoir le futur grand stade”, ils m’ont un peu piqué au vif».

Et la politique? «Il n’y a pas les antagonismeS les plus vifs de l’Assemblée nationale qui se retrouvent ici, note Jérôme Guedj. La semaine dernière il y avait Jean-Frédéric Poisson avec qui nous avons un peu bataillé sur le mariage pour tous, sourit-il. Nous sommes des gens civilisés. Il y a peu d’inimitiés personnelles, nous avons des désaccords politiques mais nous sommes capables de nous dire bonjour et au revoir. Et en gros, on se dit que les gens qui jouent au rugby ont le sens du fair play, de la solidarité. Il y a quelques valeurs au rugby, ce n’est pas qu’une légende.» Joueurs de droite ou de gauche, c’est égal. Pas de joutes orales ici donc: «Nous avons rarement eu à recadrer qui que ce soit», assure Bernard Durand.

«LE RUGBY DÉPASSE TOUT»
«Nous sommes là pour nous faire plaisir, explique Razzy Hammadi. Le rugby dépasse tout. Si on ne vient pas avec un état d’esprit de sport et de partage, ce n’est pas la peine.» Le député de Seine Saint-Denis a fêté sa première sélection samedi, comme un témoignage du rajeunissement de l’Assemblée nationale élue en juin 2012. «Il y a un petit vivier, estime Jérôme Guedj qui aimerait un jour voir encore plus de parlementaires au sein de l’équipe. Avec le renouvellement à gauche, notamment, il y a beaucoup de jeunes. Il faut aussi conjuguer avec les collègues qui rentrent dans leur circonscription, le week-end.»

Prochain grand rendez-vous pour le XV parlementaire, une tournée en Argentine en juillet. Dans ces joutes saute-frontières, le sport, mais aussi des anecdotes plus politiques. Il arrive parfois que des parlementaires qui se sont affrontés sur un terrain se retrouvent autour d’une table pour des négociations, par exemple. Une façon, parfois, de dialoguer différemment, peut-être d’éviter un ou deux plaquages.

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Photos Yagg (sauf photo officielle: DR)

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