L’Agence nationale de recherches sur le sida apporte de l’eau au moulin de celles et ceux qui militent pour une mise sous traitement précoce des séropositif-ve-s. Une nouvelle publication scientifique (PLoS Pathogens. 2013. doi. 10.1371/journal.ppat.1003211) rapporte les cas de 14 patients adultes contrôlant leur infection VIH plus de sept ans après l’arrêt de leur traitement. Après la description début mars d’un bébé en état de «rémission fonctionnelle», la cohorte ANRS EP 47 (VISCONTI) confirme, sur un nombre plus grand de patients et sur une période plus étendue, le rôle déterminant d’une intervention thérapeutique précoce pour induire un contrôle de l’infection VIH. Ces résultats peuvent avoir d’importantes implications dans la recherche de stratégies qui visent à éradiquer l’infection ou tout au moins à induire un contrôle stable et durable de l’infection sans traitement. Ils plaident clairement pour un dépistage au plus près de l’infection et pour une mise sous traitement la plus rapide possible.

UNE LONGUE PÉRIODE SANS TRAITEMENT
On sait que très tôt dans l’infection, le VIH se cache dans des cellules «réservoirs» à durée de vie très longue. C’est ce qui explique que l’arrêt du traitement chez les séropositifs conduit à une remontée très rapide de la charge virale avec tous les dangers que cela comporte en terme de risque de progression vers la maladie et de transmission du VIH chez les partenaires sexuels. L’étude VISCONTI de l’ANRS a montré que les séropositifs traités très tôt en primo-infection étaient capables de contrôler leur réplication virale après une longue interruption du traitement (jusqu’à 4 ans). Selon le Pr Christine Rouzioux, une des responsables de l’étude:

«Le traitement précoce a probablement limité l’extension des réservoirs viraux, et préservé les réponses immunitaires. Cette combinaison a certainement pu favoriser le contrôle de l’infection après l’arrêt du traitement».

Pour Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, «les travaux actuels visent à comprendre pourquoi une fraction seulement des patients traités en primo-infection sont capables de contrôler leur infection après arrêt des médicaments et quels sont les mécanismes en jeu. Une cohorte européenne de patients « contrôleurs après traitement » coordonnée par l’ANRS débutera dans les prochains mois». L’étude VISCONTI est une étape très importante pour mieux comprendre et contrôler l’infection.

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