Trois médailles aux Jeux paralympiques de Londres en 2012 en athlétisme, dont l’or sur le 100 mètres, il n’en aura pas fallu plus à Marie-Amélie Le Fur pour combler les supporters français-es. Amputée sous le genou gauche en 2004 après un accident de la route, Marie-Amélie enchaîne, après cette riche année 2012, sur une année 2013 tout aussi prometteuse. Elle sera la marraine officielle du 10e Tournoi international de Paris du 17 au 20 mai prochain, et se prépare à deux événements sportifs majeurs dans les mois à venir. Entretien avec cette athlète de haut niveau qui se bat pour l’égalité de toutes et tous.

Christelle Foucault, présidente de la Fédération française sportive gaie et lesbienne (FSGL) qui organise le TIP, vous a proposé de devenir la Marraine de la 10e édition du tournoi. Pourquoi avez-vous accepté? Je désire lutter contre toutes les discriminations au sens large du terme. Ma situation de femme, mon handicap, ce que j’ai traversé, tout cela est transposable avec ce que vivent les personnes homosexuelles. Et en tant que marraine du TIP, j’essaierai d’offrir ma jeunesse, ma condition ainsi que mon point de vue, en plus de ma présence à bon nombre d’épreuves.

Il existe donc des similitudes entre les sportifs et sportives handisport et LGBT? Je pense qu’il y a beaucoup de parallèles à faire. Il existe des sports où les gens ont des a priori car ils ne côtoient pas ces milieux. Et ils jugent sans connaître. C’est parfois la même chose avec le milieu LGBT. Le TIP permet une ouverture des mentalités, lutte contre les préjugés et ouvre la voie vers un grand nombre d’associations sportives.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez remporté vos trois médailles à Londres l’été dernier? C’était l’aboutissement de tout mon travail personnel, et j’étais heureuse de les partager avec toutes les personnes qui ont été à mes côtés. Aujourd’hui, j’essaie de faire fructifier ce résultat pour améliorer la condition du handicap en France.

AffichehandisportOn peut vous voir sur l’affiche du meeting d’athlétisme handisport le 25 mai prochain à La Courneuve telle une X-Men aux pouvoirs surnaturels. L’idée vient de l’organisateur du tournoi. Je l’ai trouvée intéressante et j’ai décidé de participer. Ce qui me plait, c’est que cette photo montre que le handicap est une différence et une force mais certainement pas une faiblesse.

Après vos récents exploits sportifs, comment voyez-vous votre avenir? Je me prépare aux championnats du monde d’athlétisme fin juillet à Londres, qui représentent une étape importante de mon parcours sportif, et je pense aux Jeux paralympiques de 2016 à Rio qui demandent une intense préparation physique. En ce qui concerne ma vie professionnelle, j’ai la chance d’avoir trouvé un emploi stable depuis 2011 chez EDF, entreprise dans laquelle je m’épanouis.

Qu’aimeriez-vous dire à la communauté LGBT? On est tous différents les uns des autres, et en même temps on a besoin d’échanger pour avancer. Ce sont nos différences qui permettent de nourrir l’échange et de confronter nos points de vue. On vit pour soi et pour son bonheur. Lorsqu’on s’assume, on se sent bien dans sa tête et dans son corps. Il faut croire en ce que l’on est et ce que l’on fait. Ainsi, il sera plus facile de faire accepter ses différences à son entourage.

Photos Gregory Picout