Ian Brossat, président du Groupe communiste au Conseil de Paris et ouvertement gay (il avait fait son coming-out sur Yagg), vient d’être chargé des questions LGBT au sein de la direction nationale du PCF. Il explique à Yagg quel sera son rôle et les combats qu’il entend mener.

Comment voyez-vous votre rôle en tant que chargé des combats LGBT au sein de la direction nationale du PCF? Je suis militant au Parti communiste depuis que j’ai 17 ans. J’en ai 32 aujourd’hui. Et j’ai toujours considéré que ce combat est au cœur de mon engagement communiste. Être communiste, c’est lutter pour l’émancipation humaine. Or il n’y a pas d’émancipation humaine tant que les individus ne peuvent pas aimer librement, tant que nous ne disposons pas tous des mêmes droits. Je vis donc mon combat pour les droits LGBT comme une dimension essentielle de mon engagement politique. Au sein du PCF, le collectif «Fiers et révolutionnaires» porte ces combats depuis longtemps. Et je suis heureux de prendre la suite de mon ami Richard Sanchez qui le présidait jusqu’à présent.

Vous êtes ouvertement gay. Est-ce la raison pour laquelle vous avez été nommé à ce poste? Je ne pense pas. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que je vis avec un garçon depuis bientôt 12 ans et que cela m’a conduit à m’intéresser aux combats LGBT. Mais heureusement, il n’y a pas que les homos ou les lesbiennes qui portent ces combats-là au sein du Parti communiste!

Après le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, quelles seront vos priorités? D’abord, le débat sur le mariage et l’adoption n’est pas achevé. Le projet de loi sera débattu au Sénat. Il faudra veiller à ce qu’il ne soit pas raboté, alors même que le gouvernement a déjà reculé sur un certain nombre de sujets, tels que la PMA. Une fois que la loi sera adoptée, il faudra d’ailleurs se battre pour qu’elle s’applique bien partout. L’homophobie ne doit en aucun cas être une clause de conscience pour tel ou tel maire réactionnaire. Et on voit bien que dans certains endroits, certains élus de droite feront tout pour éviter que la loi ne s’applique. Je vois enfin deux autres domaines sur lesquels il faudra mener la bataille. Un: continuer le combat contre l’homophobie, au moment où les politiques d’austérité limitent l’action des associations et des pouvoirs publics. Deux: obtenir la liberté de choix de son genre à l’état-civil pour les personnes transgenres. On a donc du pain sur la planche!

Comment avez-vous vécu la période récente concernant les débats sur le mariage pour tous? Comme beaucoup d’entre nous, je crois, j’ai éprouvé des sentiments mêlés. De la joie, bien sûr, notamment en écoutant Christiane Taubira ou Marie-George Buffet porter cette bataille avec autant d’énergie. Il y a une forme de satisfaction à voir aboutir un combat que nous menons depuis si longtemps. Mais cela n’efface pas pour autant les propos monstrueux qu’on a entendus à longueur d’antenne pendant des semaines de la part de la droite, de l’extrême droite, de milieux religieux, d’un certain nombre d’experts psychiatres autoproclamés. Je me suis souvenu, d’un coup, de la douleur que j’éprouvais quand j’avais 16-17 ans en lisant les éditos du maire de mon arrondissement dans le journal municipal [Jean-Pierre Lecoq, UMP, ndlr], qui dénonçait la Gay Pride et développait sa prose homophobe. En entendant la droite à l’Assemblée, j’ai eu l’impression que tout recommençait.

Enfin, question subsidiaire: êtes-vous tenté personnellement par le mariage? J’y pense. Mais dans l’immédiat, j’ai surtout envie de penser à toutes celles et tous ceux qui m’ont d’ores et déjà demandé de les marier. Je le ferai avec beaucoup de plaisir. J’ai hâte. Je risque simplement d’être encore plus ému que les marié-e-s eux-mêmes!

Photo Mario Epanya