[mise à jour, 15h20] Correction de propos de Cécile Chartrain.

Yagg a suivi l’atelier-débat «Violences faites aux femmes: la double peine des lesbiennes» du mardi 5 mars au Sénat organisé par le Planning Familial et qui a réunit plusieurs associations dont SOS homophobie, la Coordination lesbienne en France et les Dégommeuses.

À la suite de son 28e congrès (Oct/Nov 2012), Le Planning Familial a décidé une implication plus forte dans ce débat afin de devenir à terme un lieu ressource pour la protection contre les violences lesbophobes. Ainsi, le Planning Familial est à l’origine de cet atelier-débat, notamment soutenu par la sénatrice EELV du Maine-et-Loire Corinne Bouchoux, ouvertement lesbienne.

QU’EST-CE QUE LA LESBOPHOBIE?
Les lesbiennes en tant que femmes et homosexuelles sont susceptibles d’être confrontées à deux formes sociales complexes de «marginalisation», l’une liée au fait d’être une femme, l’autre liée au fait d’avoir des relations sexuelles et affectives avec une personne du même sexe.

Tomber La Culotte! pose une définition sur le sujet: «la lesbophobie traduit les sentiments d’aversion ou de mépris à l’égard des lesbiennes où se conjuguent homophobie et sexisme. Elle peut prendre différentes formes allant de l’injure à l’agression physique et, dans certains cas, aux viols collectifs voire à l’exécution. Mais, la plupart du temps, elle adopte des formes plus insidieuses (rumeurs, moqueries, remarques déplacées, menaces, mariages forcés). Surtout, elle agit à cause du silence qui entoure les lesbiennes, à leur non représentation dans les médias et à la dérision qui marque la sexualité entre femmes. Souvent les lesbiennes trouvent les violences psychologiques ou physiques qu’elles subissent normales ou tout au moins banales. La lesbophobie est alors intégrée comme une fatalité. De ce fait beaucoup de femmes ont encore du mal à témoigner ou porter plainte. Pourtant, plus de la moitié des lesbiennes (63%) interrogées dans l’enquête sur la lesbophobie de l’association SOS homophobie (parue en France en 2008) ont déclaré avoir vécu au moins une fois dans leur vie un acte homophobe. L’un des contextes les plus fréquents dans lequel elle se manifeste est celui de la famille. Viennent ensuite les lieux publics où les témoignages d’agressions verbales ou physiques sont en constante augmentation.»

INVISIBILITÉ
Christine Bard, professeure d’histoire contemporaine, précise: «L’histoire de la lesbophobie reste encore à écrire. Il manque beaucoup de travaux en France et les freins sont les mêmes que ceux des droits des femmes. Les progrès dans ce domaine et celui du genre sont très très récents. La création de l’Institut du genre en collaboration avec le CNRS, dont l’un des dix axes d’études concerne le profil LGBT, est un exemple récent de progrès dans ce domaine. Aujourd’hui, il existe un dictionnaire de l’homophobie, et aussi des cultures gay et lesbienne».

«Si on établit un constat de la lesbophobie dans l’histoire, ajoute-t-elle, on parle plus souvent des homosexuels hommes au 19e siècle et on rapproche les lesbiennes aux prostituées de l’époque en raison de leurs hyper activité sexuelle. L’activité hyposexuelle (faible activité sexuelle) a été soulignée dans certains cas. Puis dans la vie quotidienne, les lesbiennes subissent une stigmatisation des psychiatres et des médecins jusqu’aux années 60».

ÉCARTS À LA NORME
Brigitte Lhomond, sociologue et chercheure au CNRS, et Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, épidémiologiste et chercheure à l’Inserm, ont participé à l’Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France (elles travaillent ensemble sur les questions d’orientation sexuelle, de santé, et de violences). «Dans le temps, on a observé une augmentation des déclarations d’agressions sexuelles. Pour autant, cela ne veut pas dire que le nombre d’agressions sexuelles a augmenté. Les études ont montré que le risque de violences sexuelles chez les lesbiennes est lié à l’exposition au milieu hétérosexuel. Donc on peut dire que les relations homosexuelles parmi des rapports hétérosexuels sont un de ces écarts à la norme qui peuvent mettre en danger les lesbiennes, ce qui représente un acte de lesbophobie», soulignent-elles.

AGIR AU QUOTIDIEN
Émilie Pochon de l’association SOS homophobie, membre de la commission «Lesbophobie Planning Familial» et Claire Ricciardi, membre de la commission «Éducation à la sexualité» font l’état des lieux des actions menées auprès du jeune public. «Lors des interventions en collège, ce sont avant tout les questions relatives à l’injustice, à la norme de l’hétérosexualité, et à l’éducation à l’homosexualité qui reviennent. Les infirmières ont souvent des difficultés à gérer correctement les questions sur l’homosexualité. Aujourd’hui, il existe une réelle importance à mettre des mots pour montrer les évidences. Il y a notamment une grande souffrance des jeunes sur ces sujets, avec un nombre difficilement calculable d’adolescents qui se mettent en situation d’échec scolaire car leur choix n’est pas accepté, avant même qu’ils s’acceptent eux-mêmes», affirme Claire Ricciardi.

Marie Josèphe Devillers est l’une des responsables de la Coordination lesbienne en France. Elle affirme: «La lesbophobie est une discrimination à part entière qui se manifeste souvent par des actes de violences. Pour citer un exemple: en 2010, trois lesbiennes ont été agressées à Paris par des groupes d’extrême droite. Néanmoins, beaucoup de jeunes lesbiennes n’acceptent pas d’être discriminées de la sorte et entament des actions en justice, ce qui représente un phénomène nouveau. De plus, en entreprise ou à l’extérieur, les femmes ne reçoivent aucun appui des hommes (qu’ils soient hétérosexuels ou homos) et des femmes hétéros».

À la suite de cette intervention, une jeune femme s’est émue: «Comment peut-on prévenir les femmes d’une possible agression et quels moyens doit-on mettre en œuvre pour se défendre?». Personne n’a été en mesure de lui donner une réponse précise si ce n’est qu’aujourd’hui, il existe des cours de self-defense au prix de 70€ la séance, ce qui isole une bonne partie des lesbiennes de l’accès à ces techniques pourtant simples.

SOLIDARITÉ
Cécile Chartrain, présidente de l’association les Dégommeuses est la chef de file de l’action Foot For Love qui a eu lieu du 22 au 30 juin 2012 et destinée à promouvoir la lutte contre les violences et discriminations à l’encontre des lesbiennes, en particulier par le sport. «Aujourd’hui nous avons la chance d’accueillir Zanele Muholi, photographe sud-africaine lesbienne fondatrice du Thokozani Football Club. Après avoir monté l’opération Foot For Love qui a permis d’accueillir une délégation du TFC à Paris afin de sensibiliser à la question des viols correctifs, nous avons décidé de pérenniser ce partenariat. Notre démarche privilégie le soutien global aux réponses individuelles pour garder cet esprit d’équipe qui soude les filles… mais il s’agit aussi d’un échange dans le sens Sud-Nord dont nous profitons largement.».

«À terme, on aimerait que Le Planning Familial devienne une plateforme d’échanges sur la lesbophobie et que de vrais moyens de protection et de prévention soient mis en place pour les lesbiennes», affirme Véronique Sehier, coprésidente du Planning Familial. Elle ajoute: «La discrimination des lesbiennes montre la nécessité de rendre visible la lesbophobie par un travail d’enquêtes tant qualitatives que quantitatives pour disposer de données objectives, et également interroger les victimes».

PARTENARIATS
«Nous devons construire et consolider des partenariats pour agir, faire prendre en compte, impacter les politiques publiques, et ainsi faire appliquer les lois. L’éducation à la sexualité, l’égalité entre les sexes et l’égalité des sexualités sont des sujets sensibles sur lesquels nous devons travailler, notamment avec le jeune public. Pour ce faire, il est indispensable de travailler sur plusieurs vecteurs: la formation des acteurs de l’éducation, du social et de la santé, mais aussi la lutte contre l’hétérocentrisme et le développement de l’information par les pairs», affirme-t-elle.

Et Véronique Sehier de conclure: «Les associations qui collaborent avec le Planning Familial seront vigilantes sur le programme d’action gouvernemental pour changer la situation actuelle notamment via la mise en œuvre de la circulaire de l’Éducation nationale et la convention pour l’égalité. Au niveau international, la France doit être un pays moteur et actif dans la lutte contre la pénalisation de l’homosexualité.»