La sensibilité à fleur de peau du chanteur Devendra Banhart est peut-être liée à un épisode marquant de son enfance. L’un de ses premiers émois musicaux est survenu alors qu’il avait huit ans. C’est là qu’il a pour la première fois entendu Nirvana à la radio. «Et je me suis dit: “Oh mon Dieu, c’est incroyable. Cette façon de chanter, comment fait-il? Ça ne ressemble pas à ça quand je chante. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas chez moi?” Je suis vraiment frustré de voir que quand j’ouvre la bouche pour chanter, ça ne ressemble pas du tout à ce qu’il fait», confie Devendra Banhart à l’Independent.

«IL Y A UN PÉDÉ À L’ÉCOLE!»
Dès qu’il en a eu la possibilité, le jeune Texan qui a grandi au Venezuela a profité de l’absence de sa mère pour enfiler une robe et chanter. «Ça marché. C’est comme si j’avais le droit de chanter comme ça. Ce n’était pas quelque chose de sexuel. C’était juste une partie de moi, la partie féminine en moi qui me disait: “Eh, essaye ça”. (…) J’ai instinctivement été en contact avec quelque chose que peu de gens connaissent. Porter une robe quand on a 8 ans, c’est tabou.»

Il a violé un autre tabou quelques années plus tard lorsqu’il a eu un piercing à l’oreille à 11 ans. À Caracas, une telle remise en cause des normes était impensable. «Tout le monde était si scandalisé qu’ils ont fermé l’école. Il y avait des gens qui appelaient l’école en faisant des menaces de mort. C’était du genre: “Grand Dieu, il y a un pédé à l’école”». Deux ans après, sa famille a déménagé en Californie, où les garçons aux oreilles percées étaient monnaie courante. Un soulagement pour lui.

IL PLEURE COMME D’AUTRES PÈTENT
Même si là encore, Devendra Barnhart a eu un peu de mal à trouver sa place. «Au lycée, la plupart des gens pensaient que j’étais une fille, mais pas juste à cause de mon prénom», glisse-t-il à Télérama dans la vidéo ci-dessous. Peut-être parce qu’il n’a jamais su se retenir de pleurer «aux moments les plus inopportuns». «Quand ce n’est ni le moment ni le lieu de le faire, ça me prend.» Comme péter?, lui demande la journaliste de l’Independent. «Exactement.»

Chanteur de «pop music impopulaire», il vient de sortir un nouvel album, Mala, où il laisse libre cours à ses envies. Difficile d’imaginer qu’il y a une dizaine d’années, il était SDF à Paris. Aujourd’hui, quand on le voit dans la capitale, c’est sur des affiches publicitaires où il pose à côté de sa petite amie pour une célèbre marque de vêtements. Cela fait deux ans qu’ils sont ensemble, mais Devendra Banhart a songé à une idée lumineuse pour s’assurer que leur couple – et tous les autres prêts à tenter l’expérience – dure. «Il y a quelques ingrédients secrets, mais en gros, l’homme rendra des œstrogènes pendant une semaine et la femme prendra de la testostérone. Les mondes s’ouvriront et de nouvelles perspectives émergeront.» Une société plus trans’ serait plus heureuse, en somme. Une idée à creuser.

Si vous ne parvenez pas à voir la vidéo, cliquez sur Devendra Banhart: Au lycée, on pensait que j’étais une fille

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