Dans une lettre ouverte datant du 24 février, la Coordination Défense de Versailles prétend effectuer une «saisine de l’Académie française sur la fausse définition du mariage de l’article 1 du projet de loi Taubira-Hollande». Cette missive, à la teneur volontiers homophobe, invite les Immortel-le-s à s’opposer à la modification de la définition du mot «mariage» dans le Code civil. Selon les auteurs de ce courrier, une telle évolution «inflige aux vrais couples mariés le symbole inversé d’une paire d’homosexuels inféconds».

Contactée par Yagg, l’Académie ne semble pas l’entendre de cette oreille. Déjà parce qu’«il n’y pas de “saisine” possible de l’Académie française». D’autre part, ce courrier n’est qu’une des «nombreuses lettres concernant le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe» reçues par le Quai de Conti. À toutes ces sollicitations, la réponse de l’Académie est invariable.

«PRUDENCE ET ENREGISTREMENT DE L’USAGE»
«Si les mots disent des choses et que s’entendre sur les mots est primordial, il ne s’agit cependant pas de confondre le droit et la lexicographie», insiste l’institution.

«En matière de langue, c’est l’usage qui finit par faire loi.

«Dès la deuxième édition de son Dictionnaire, en 1718, l’Académie écrivait: “L’usage, qui en matière de langue est plus fort que la raison, introduit peu à peu une manière d’escrire toute nouvelle, l’ancienne nous eschape tous les jours, et comme il ne faut pas se presser de la rejeter, on ne doit pas non plus faire de grands efforts pour la retenir.”

«Le vocabulaire français a, entre autres qualités, le mérite d’être à la fois précis et rigoureux et dans le même temps d’une formidable plasticité; par métonymie ou, plus encore, par analogie, des milliers de mots ont vu leur sens s’étendre.»

Une fois que le mot «mariage» sera communément utilisé pour désigner les couples de même sexe, l’Académie devrait modifier son Dictionnaire, dont la neuvième édition définit actuellement le mariage comme «l’union légitime d’un homme et d’une femme, formée par l’échange des consentements que recueille publiquement le représentant de l’autorité civile».

Le Quai de Conti veut adopter «une position de prudence et d’enregistrement de l’usage, une fois seulement que celui-ci est fixé». Pas question pour les Immortel-le-s de s’aventurer, «comme dans le Petit Robert, [vers] une définition élargie “Union de deux personnes dans les conditions prévues par la loi”» de façon prématurée.

Au sein de l’Institut de France, auquel est rattachée l’Académie française, l’Académie des sciences morales et politiques a, en des termes très mesurés, pris position contre le projet de loi. Ce point de vue «n’engage en rien l’Académie française», tient à préciser celle-ci.

Photo Nitot

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