En ce deuxième lundi de mars, les pays membres du Commonwealth célèbrent le Jour du Commonwealth, au cours duquel la reine Elizabeth II prononce un discours, retransmis dans le monde entier. Cette année, la reine va également signer la Charte du Commonwealth, qualifiée d’«historique» par Buckingham Palace et la plupart des commentateurs/trices.

Adoptée en décembre 2012 par les chefs de gouvernement des 54 États du Commonwealth, cette Charte «réaffirme les valeurs fondamentales qui unissent le Commonwealth», réunies pour la première fois en un seul document. Une phrase fait couler beaucoup d’encre, en particulier au Royaume-Uni:

«Nous sommes implacablement opposés à toute forme de discriminations, qu’elles soient fondées sur le genre, la race, la couleur, la croyance, l’opinion politique ou d’autres motifs.»

Si la reine prend toujours grand soin de rester apolitique – ce qui a été rappelé par Buckingham Palace, qui souligne qu’elle ne fait que ratifier un texte adopté par les États membres –, nombre d’observateurs/trices veulent voir dans cette phrase un soutien d’Elizabeth II aux lois qui permettraient à une fille de monter sur le trône et aux droits des homos. Un soutien qui serait d’autant plus clair que la monarque aurait souhaité signer le texte devant les caméras.

UNE «AVANCÉE HISTORIQUE» MAIS MODÉRÉE
Ben Summerskill, de l’association homo Stonewall, y voit «une avancée historique». «C’est la première fois que la reine évoque publiquement l’importance de 6% de ses sujets qui sont homos, a-t-il déclaré, cité par le Daily Mail. Certaines des pires persécutions homophobes ont lieu dans des pays du Commonwealth, conséquences de l’Empire britannique.»

L’homosexualité est illégale dans 41 des 54 États du Commonwealth, punie de mort dans certaines réions du Nigeria et du Pakistan. Cinq pays reconnaissent les couples homos: le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud.

Mais tandis que Ben Summerskill se réjouit, peut-être pour compenser la déception du discours de la reine l’an dernier (lire Ouverture du mariage: David Cameron entre deux feux), Peter Tatchell est beaucoup plus circonspect. «En 61 années sur le trône, la Reine n’a jamais prononcé publiquement les mots lesbienne ou gay, écrit-il dans une tribune publiée sur le Huffington Post britannique. Elle est marraine de centaines d’associations mais d’aucune association homo. Jamais elle ne s’est rendue dans une association homo, ou fait part de son soutien. (…)

«Sans surprise, la Charte du Commonwealth n’inclut aucune mention spécifique de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. La majorité des États membres y a mis son véto.»

«Il est néanmoins vrai, poursuit-il, que certains officiels du Secrétariat du Commonwealth interprètent la formulation de la charte qui interdit la discrimination fondée sur “d’autres motifs” comme incluant une interdiction de la discrimination homophobe. Il est dit que cette phrase fourre-tout a été ajoutée pour contourner les objections des États homophobes. C’est possible.»

Écouter le message (pré-enregistré) de la Reine:

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Photo Capture (Elizabeth II lors du Commonwealth Day 2012)

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