«My loneliness is killing me (and I)
I must confess, I still believe (still believe)
When I’m not with you I lose my mind
Give me a sign
Hit me baby one more time»
(…Baby One More Time, Britney Spears).

Britney Spears est citée par deux fois dans Spring Breakers, le nouveau film d’Harmony Korine (ce mercredi dans les salles) et notamment via son premier single (cf ci-dessus). Quant à la deuxième occurrence, sur fond de carnage filmé façon Scorsese ou Tarantino, on vous laisse la surprise de la découverte tellement elle est sidérante. À bien y réfléchir, cette référence pas du tout innocente à l’icône pop mondialisée peut faire office de matrice pour une lecture globale du film.

DARK SIDE
Spring Breakers commence comme un teen-movie superficiel à la manière d’une ritournelle acidulée de Brit (4 étudiantes insouciantes sont prêtes à tout pour s’éclater à leur spring break) et se termine dans un pétage de plombs généralisé d’une noirceur des plus inquiétantes, un peu comme lorsqu’en 2007 notre chanteuse au bout du rouleau s’était rasé les cheveux en quasi-direct mondial, révélant un dark side aux antipodes du bébé-star formaté pour donner du bonheur.

ALIEN
Qu’est-il arrivé entre les deux? Le personnage d’Alien, caïd local frappadingue (interprété par un James Franco qui s’en donne à cœur joie) qui va faire découvrir à nos jeunes femmes en bikini que derrière la fête et le soleil en mode non-stop, il y a la réalité (les gangs, la drogue, la violence) et qu’elle n’est pas toujours belle à voir. Enjeu racial aussi: le monde du spring break est à 99% blanc, sorte de parenthèse carnavalesque où l’Amérique puritaine ouvre les vannes du vice et du péché avant que la bonne morale hypocrite reprenne ses droits (abstinence et compagnie). Celui d’Alien – lui-même Blanc qui se rêve noir – est black et lutte pour sa survie.

BAD TRIP
Avec Spring Breakers, le scénariste de Kids livre un dézinguage en règle de la culture pop, de ce robinet à jeunisme qu’on nous vend à longueur de clips et de pubs, du mythe de l’éternelle jeunesse qui même si elle est parfois trash se relève toujours. Dans le film, la gueule de bois est rude, la descente tragique. Qu’Harmony Korine convoque dans ce bad trip apocalyptique les actrices Vanessa Hudgens, Selena Gomez et Ashley Benson, toutes plus ou moins issues du moule Disney (et toutes absolument formidables dans leur rôle à contre-emploi) ajoute à l’effet dévastateur de l’entreprise.

Il paraît qu’il y a quelques semaines à l’avant-première au Grand Rex à Paris, des parents qui avaient emmené leurs gamines voir le film en sont ressorti choqués. Ce n’est pas ce qu’on leur avait vendu sur l’emballage. Hit me baby one more time.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Spring Breakers – bande-annonce