Décédé cette nuit à 58 ans d’un cancer du côlon, le président vénézuélien Hugo Chavez avait été élu en octobre dernier pour la troisième fois. S’il n’a pas explicitement soutenu les droits des minorités sexuelles au cours de ses mandats, des gestes à l’égard de la communauté LGBT ont pu être observés pendant sa dernière campagne.

La dernière Gay Pride de Caracas, le 30 juin 2012, a innové avec la présence de responsables politiques dans le défilé, commente El Tiempo, un média vénézuélien. Cela ne s’était jamais produit pendant les 11 éditions précédentes. Hugo Chavez, comme son adversaire Henrique Capriles, avaient compris que pour l’emporter, le soutien des LGBT pouvait être crucial. Aucun d’eux n’était personnellement présent dans le cortège, mais leurs lieutenants avaient pour mission de faire savoir que les trans’ et les homos ne seraient pas oublié-e-s. Le programme – très vague – d’Hugo Chavez pour les personnes LGBT ne permettait toutefois pas d’espérer la moindre reconnaissance légale pour les couples de même sexe.

«CE N’EST PAS UNE BONNE CHOSE»
Interrogé à ce sujet par Ultimas Noticias pendant la campagne, il avait maladroitement tenté de ménager la chèvre et le chou au sujet de l’ouverture du mariage: «Nous sommes tous égaux, il faut respecter les particularités des individus. Moi, comme la majorité des Vénézuéliens, je ne vois pas cela comme une bonne chose, mais c’est subjectif». En 2009, il avait tenu des propos similaires à la télévision italienne, rapporte le blog Blabbeando, ajoutant que chaque pays avait ses coutumes, mais que «la société mûrit». «Ce à quoi je suis fermement opposé, ce sont les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle», avait précisé le président Chavez. Son silence quant aux violences policières à l’encontre des personnes LGBT lui a cependant été souvent reproché.

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Une loi interdisant les discriminations à raison de l’orientation sexuelle et reconnaissant les couples homosexuels avait été discutée à l’Assemblée nationale à l’été 2009, mais elle n’a pas été votée, malgré le soutien discret du président vénézuélien. L’année suivante, Hugo Chavez a tout de même appelé les jeunes et les homosexuel-le-s à contribuer au mouvement révolutionnaire. Pour Maria Gabriela Blanco, une activiste lesbienne et fervente partisane du défunt chef de l’État interviewée par The Bullet, les crispations autour des questions d’orientation sexuelle sont avant tout le fruit de l’héritage bourgeois auquel le socialisme doit remédier à terme.

SUFFISAMMENT MACHO POUR NE PAS ÊTRE HOMO
Les rares autres occurrences au cours desquelles Hugo Chavez a évoqué l’homosexualité ne figureront pas dans sa légende dorée. En 2007, pour répliquer à des rumeurs sur son orientation sexuelle, il s’est «justifié» de façon peu glorieuse: «Je n’ai rien contre les homosexuels car j’ai du respect pour toutes les conditions humaines, mais je me trouve suffisamment macho pour pulvériser de telles accusations».

L’association vénézuélienne Union Affirmativa l’avait épinglé en 2003 pour avoir qualifié de «ridicule» un baiser échangé entre un ambassadeur américain et un comédien grimé en femme lors d’une représentation. «Shapiro [l’ambassadeur américain] est allé jusqu’à donner un baiser au comédien, je crois que c’était un travesti, c’est une chose incroyable, non? C’est lui qui s’est ridiculisé!», avait alors dit Hugo Chavez.

Aux États-Unis, l’association des républicains gays et lesbiens, Log Cabin Republicans, a publié une épitaphe pour le président vénézuélien, relate The Advocate. Hugo Chavez avait apporté son aide à des pays «qui mettent régulièrement à mort des homosexuel-le-s – ou des individus simplement suspectés de l’être», signale l’association.

Au pouvoir depuis 1999, Hugo Chavez est resté attaché à une vision conservatrice du mariage et de la société. Alors que de nombreux pays d’Amérique latine ont avancé sur les questions relatives aux personnes LGBT au cours de la dernière décennie, la législation au Venezuela n’a pas évolué. Le vice-président Nicolas Maduro, désigné comme successeur par Hugo Chavez, sera peut-être plus enclin à faire bouger les choses. Après avoir qualifié les opposant-e-s au président de «pédés», il avait présenté des excuses pour ses propos sous la pression des associations LGBT.

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