François Hollande est attendu ce soir à Moscou, pour sa première visite officielle en Russie. Cette visite aura lieu «dans un contexte de durcissement considérable de la législation en Russie», rappellent la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) dans un communiqué commun.

«Les pratiques répressives à l’encontre des membres de l’opposition, des défenseurs des droits de l’Homme, des artistes et des minorités se sont sévèrement intensifiées, en totale contradiction avec les engagements internationaux de la Russie en matière de droits de l’Homme», souligne le communiqué.

Parmi les lois répressives récemment adoptées ou en cours d’adoption, celle visant à interdire la «propagande de l’homosexualité», adoptée en première lecture le 25 janvier dernier (lire L’Europe proteste contre la loi russe contre «la propagande homosexuelle»). «Ce projet de loi, dans lequel ne figure aucune définition de l’expression “propagande de l’homosexualité”, suscite de vives inquiétudes car il ouvre la voie à toutes les interprétations possibles», s’émeut la FIDH, à l’instar de nombreuses autres ONG.

Hier, mardi 26 février, lors de la conférence de presse commune qui a suivi la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères russe Serguey Lavrov et son homologue néerlandais Frans Timmermans, le premier a répondu aux Pays-Bas, qui estiment que le texte pourrait violer les obligations internationales de la Russie: «Nous n’avons aucun engagement international ou européen d’autoriser la propagande homosexuelle». Selon lui, depuis la dépénalisation de l’homosexualité, les personnes homosexuelles «peuvent vaquer à leurs occupations en toute liberté et en toute impunité», mais il met en garde contre «une autre sorte de discrimination où un groupe de citoyens a le droit de promouvoir avec agressivité ses propres valeurs qui vont à l’encontre de celles que partage la société et de les imposer aux enfants».

La première rencontre entre François Hollande et Vladimir Poutine, en juin dernier, à Paris, avait été glaciale, rappelle le quotidien anglophone The Moscow Times, et il semblait clair que le nouveau Président français ne comptait pas poursuivre la relation privilégiée qu’entretenait son prédécesseur Nicolas Sarkozy avec le Président russe. Les affaires Pussy Riot et Depardieu n’ont pas embelli le climat entre les deux pays.

Mais selon un conseiller à l’Élysée, cité par Le Monde, «on ne peut résumer la relation franco-russe à la question des droits de l’homme. C’est extrêmement réducteur et simplificateur.» La visite de François Hollande en Russie a, avant tout, un caractère économique. Le Président sera accompagné de cinq ministres – Laurent Fabius (Affaires étrangères), Pierre Moscovici (Économie), Manuel Valls (Intérieur), Aurélie Filippetti (Culture) et Arnaud Montebourg (Redressement productif) – et d’une quinzaine de dirigeants d’entreprises françaises (Total, SNCF…).

«Le président Hollande a une occasion en or d’exhorter les autorités russes à mettre fin à la répression qui ne fait que croître, insiste Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. L’année dernière a été la pire depuis longtemps pour les droits humains en Russie, et François Hollande ne devrait pas rater cette occasion de persuader Vladimir Poutine de changer d’approche.»

«François Hollande est encore au début de sa présidence, et il devrait bâtir une relation avec Vladimir Poutine sur le principe que les valeurs européennes en matière de droits humains sont un élément essentiel du partenariat de la France avec la Russie, dit aussi Rachel Denber. Il ne devrait y avoir aucune différence entre ce que disait hier François Hollande en tant que candidat et ce qu’il dit aujourd’hui en tant que président.»

Note de synthèse de la FIDH sur la situation des droits de l’Homme en Russie:

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