caillavetSon nom ne dira peut-être rien à beaucoup de gays et de lesbiennes et pourtant l’ancien sénateur PRG Henri Caillavet, qui vient de disparaître à 99 ans, s’est beaucoup battu pour leurs droits. Comme le raconte Antoine Idier dans son livre Les Alinéas au placard (Editions Cartouche), Henri Caillavet avait déposé le 8 février 1978 une proposition de loi au Sénat qui visait à abroger les deux alinéas du code pénal qui punissaient plus sévèrement les homos dans des cas d’«attentat à la pudeur» ou d’«acte contre-nature avec un individu du même sexe».

La proposition de loi avait été adoptée au Sénat, mais n’a jamais pu voir le jour en raison de l’hostilité de l’Assemblée Nationale et de l’inertie du gouvernement d’alors, dirigé par Raymond Barre. Un seul des deux amendements sera supprimé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Il faudra attendre l’élection de François Mitterrand et une proposition de loi du député socialiste Raymond Forni, soutenue par Robert Badinter, pour voir disparaître le second.

Antoine Idier dresse un portrait élogieux de l’ancien sénateur:

«Son parcours politique est impressionnant, il me semble qu’il a sans cesse cherché à se placer, avec courage à l’avant-garde de ce qui est nommé couramment « les questions de société », alors même que, né en 1914, il peut apparaître comme « un homme d’une autre époque » (à part, étonnamment, sur la question de la peine de mort, ayant voté contre sa disparition). Des « questions de société » comme, bien sûr, l’abrogation des deux articles du code pénal réprimant l’homosexualité en 1978 (on lui doit les tout premiers débats au Sénat, et même, en partie, l’entrée du sujet dans le champ politique), mais aussi l’interruption volontaire de grossesse, l’euthanasie, les fichiers informatiques etc. C’est une personnalité un peu oubliée, mais très importante de la vie politique française de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1980.»

Dans Les Alinéas au Placard, l’ancien sénateur expliquait comment il avait été amené très jeune à «prendre en compte l’homosexualité»:

«L’un de mes camarades de faculté était homosexuel. Je reconnais qu’il était un peu voyant et qu’il était difficile en 1935 ou 1936 de passer inaperçu, et relevait de nombreuses moqueries. Nous prenions un café lorsque le garçon qui nous servait a dit « Qu’est ce que veulent ces jeunes femmes? ». Il n’avait pas plus tôt prononcé ces paroles que je me jetais sur lui et qu’il m’a fallu aller au commissariat pour expliquer dans quelles conditions j’avais frappé cet individu. J’ai quitté ledit commissariat presque avec les compliments du policier enquêteur.»

Henri Caillavet perd son mandat de sénateur en 1983 et préside par la suite l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), présidée aujourd’hui par Jean-Luc Romero. Il a continué à soutenir la cause homosexuelle en rejoignant le comité de parrainage constitué par le Collectif pour le contrat d’union civile [qui sept ans plus tard deviendra le Pacs] en 1992, aux côtés d’Huguette Bouchardeau, d’Elisabeth Badinter et de quelques autres. Denis Quinqueton d’Homosexualité et socialisme salue «un grand parlementaire»:

«C’était un faiseur de bonnes lois, utiles, sur de vraies questions, à l’opposé des lois prétextes que nous avons connu ces dix dernières années. C’était un poseur de débats, très attentif aux évolutions de la société réelle. Il a, par exemple, déposé en 1982, une proposition de loi pour lutter contre les discriminations liée a l’orientation sexuelle et « au transsexualisme  » (terminologie de l’époque).»

Pour un portrait plus complet d’Henri Caillavet, vous pouvez vous référer à cette nécrologie publiée sur Lemonde.fr: Henri Caillavet, un législateur hors du commun