L’histoire relatée dans le New York Times, on aurait aimé ne pas avoir à la lire. Comment Spencer Cox, un brillant activiste de la lutte contre le sida a perdu la bataille contre la maladie, en arrêtant de prendre ses médicaments.

Spencer Cox avait 44 ans et il y a quelques mois, il avait témoigné dans le documentaire How To Survive A Plague (nominé aux Oscars 2013) sur son combat au sein d’Act Up New York. L’article du New York Times raconte qu’au milieu des années 90, son action avait permis la mise en place accélérée des essais de l’antiprotéase Norvir, qui a sauvé depuis des centaines de milliers de vie.

Mais la vie «après» le sida n’a pas été facile. Comment trouver du travail alors que vous avez consacré vos jeunes années à l’activisme? Comment «refaire» sa vie? De très nombreux gays de la génération de Spencer Cox ont sombré dans les addictions, principalement au crystal meth, qui a fait des ravages au début des années 2000 à New York. Spencer n’y échappera pas non plus. Ses tentatives pour monter des projets concernant les vieux séropositifs n’attiraient pas les donateurs gays, tout occupés à financer le combat pour le mariage.

DÉPRESSION
Ses proches pensaient qu’il avait repris le dessus, mais la dépression s’est installée à son retour à New York et ne l’a plus quittée. Les effets du traitement sur son corps, notamment la lipodystrophie (une modification de la répartition des graisses, avec un visage amaigri et un ventre proéminent), le vieillissement, étaient un fardeau très lourd à porter.

Emmené à l’hôpital par son colocataire le 12 décembre, il y décèdera, seul, quelques jours plus tard. Des anciens amis activistes ont expliqué que les boites de médicament retrouvés à l’hôpital étaient à moitié pleines et la prescription datait de plusieurs mois auparavant. Spencer Cox avait arrêté ses médicaments. C’est ce qui l’a tué. Mais cette histoire dit bien plus que cela. Une génération de gays s’est battue de toutes ses forces pour que les séropositifs puissent vivre. Pour elle, il n’y a pas eu vraiment de reconnaissance et comme après une guerre, les «vétérans» du sida ont du se reconstruire. Pour certains, ce combat-là était plus difficile encore. Spencer Cox n’y a pas survécu.

À lire sur The New York Times (en anglais).

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