Taubira InrocksL’expression «mariage et adoption pour tous», c’est elle qui l’a trouvée, raconte Christiane Taubira dans l’entretien qu’elle a accordé aux Inrocks. Très tôt, elle a expliqué à François Hollande et Jean-Marc Ayrault «qu’on ne répond pas à une demande d’un groupe de personnes mais qu’on va réformer la société française».

«Je savais dès le début que ce serait difficile, soutient-elle. J’ai exprimé au Président de la République ma conviction que cette réforme provoquerait un ébranlement, je l’ai répété devant le groupe socialiste. Cette réforme touche à des représentations, ce n’est pas une réforme mineure!»

D’où la nécessité de faire les choses bien. «Je ne cacherai pas qu’au début, ce texte n’était pas suffisamment porteur de sens», dit-elle, qui ajoute: «Avant le débat parlementaire, je me suis préparée très consciencieusement sur le plan technique et juridique. J’ai soigneusement choisi les consultations avant d’entrer en phase de concertation. J’ai beaucoup travaillé, beaucoup lu».

Elle dit aussi: «j’ai besoin de comprendre comment j’inscris cette réforme dans l’histoire de la France, de la République, dans l’histoire de ses valeurs. Je pense que, dès qu’il est possible de le faire, c’est important de rappeler aux Français ce qu’ils ont fait de grandiose. C’est la meilleure thérapie contre la morosité ambiante.»

Elle n’est pas dupe de l’opposition («cette mobilisation [du 13 janvier] s’est fondée sur des malentendus construits de manière délibérée par la propagande de l’UMP»), ni de son propre camp («quand j’ai entendu l’expression [“liberté de conscience des maires”], je me suis moi-même crispée sur mon siège»).

Elle n’a pas laissé passer les dérapages qui concernaient les homos, leurs familles (le «triangle rose», les «enfants Playmobil»): «Au nom de quoi regarde-t-on ces personnes, sans les connaître», s’interroge-t-elle, en précisant se moquer des dérapages qui la concernent, elle.

Et puis, au-delà du making-of révélé dans ce long entretien, il y a Christiane Taubira. La ministre se raconte:

«Je suis dans l’instant, je suis sincèrement dans la bataille. J’ai toujours été ainsi. C’est un tempérament, une éthique de vie.»

Elle a un temps été vulnérable, elle ne l’est plus. «L’expérience de la vie. La consolidation de mon éthique, indique-t-elle. (…) On a dit en 2002 que j’étais imprévisible et incontrôlable. Mais ma discipline est dans mon éthique, elle n’est pas dans les ordres qu’on me donne, dans des arrangements, dans du donnant-donnant.»

«Vous avez réintroduit la littérature dans la politique…», glissent les journalistes à celle qui a cité Damas, Rousseau ou Montesquieu:

«Je ne l’ai pas choisi délibérément. Il y a longtemps que je fais ça, mais avant, je passais inaperçue. J’ai cité un poème lors de ma première intervention comme députée. Les plus belles lettres de la politique, c’est donner de l’amour aux gens.»

L’intégralité de l’entretien est à lire dans Les Inrockuptibles, actuellement en kiosques. À lire également (en ligne), l’éditorial des Inrocks, «Christiane Taubira, l’honneur de la gauche».

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