couvlumiereLes témoignages en BD d’auteurs LGBT sont encore rares; ceux d’auteures lesbiennes encore plus. On pourrait donc déjà saluer la parution de l’album La Lumière au fond du placard pour cette seule raison. Mais l’auteure, qui signe «Gami», nous offre en plus une belle bande dessinée, tendre et poétique.

Né du blog BD tenu par l’auteure [sur Yagg], cet album retrace le parcours de la jeune femme, depuis les premières interrogations angoissées jusqu’à une vie apaisée aux côtés d’une femme aimée. Du classique dans l’autobiographie, me direz-vous. Et je vous remercie de me le dire. Mais en dehors du fait que toutes les générations ont leur propre histoire à raconter, Gami le fait à travers de belles idées narratives, où l’image sert de métaphore au propos réaliste. De la vraie BD, en somme, qui va au-delà de l’illustration.

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Prenons pas exemple une bande montrant Gami en grande conversation avec sa petite amie… qui vit à des centaines de kilomètres d’elle. Les câbles des ordinateurs dessinent petit à petit un cœur, dans un grand mouvement romantique que les grincheux qualifieront de mélo. Il me semble plutôt que Gami n’a pas peur de montrer ses sentiments, sans tomber d’ailleurs dans l’impudeur.

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Un autre exemple de l’inventivité de l’auteure est cette bande dans laquelle elle décrit un phénomène que la plupart d’entre nous connaissons bien, celui du masque social utilisé pour cacher sa nature. Un mannequin à l’effigie du personnage apparaît donc, projetant l’hétérosexualité attendue, pendant que la personne réelle se fantômatise, réduite au rôle de spectatrice de sa propre vie. Ce jeu de dupes est intelligemment mis en scène ici, d’une façon qui montre que la combinaison texte-image peut être utilisée pour faire réfléchir, au-delà de la joliesse d’un dessin par ailleurs bien maîtrisé.

Gami oscille tout au long de l’album entre peinture de sa vie sentimentale et commentaires sur la situation des homos dans notre société, tiraillée entre ouverture et réaction de rejet. La présence de ces deux pôles assure un équilibre certain à ce premier album que l’on espère ne pas être le dernier.

La Lumière au fond du placard est un album à la fois divertissant et didactique, au meilleur sens du terme. Il aura sa place dans les CDI des lycées, dans les collections Jeunesse des bibliothèques. Signalons d’ailleurs le beau travail de l’éditeur, Dans L’Engrenage (chez qui l’on peut commander l’album, disponible aussi chez Amazon), qui réussit à proposer ses albums à un prix raisonnable, ce qui est de moins en moins évident pour les petits éditeurs [l’album est également disponible dans La boutique de Yagg].

François Peneaud

partenariat LGBTBD