serge-letchimy-photoIl s’était laissé le temps de la réflexion, et c’est aussi à cela que sert le débat parlementaire. Serge Letchimy, député de la Martinique, ne s’était à ce jour prononcé ni pour ni contre le projet de loi «mariage pour tous». Contrairement à un certain nombre de ses collègues d’Outre-mer, il a finalement décidé de soutenir le texte lors du vote solennel de cette après-midi.

«Le fond pour moi est des plus simples: en plein XXIe siècle, dans le cadre d’une République, dans une vieille démocratie, il existe une catégorie de personnes qui ne disposent pas d’un accès égal à la totalité des dispositifs de soutien et de reconnaissance mis en œuvre pour l’ensemble des citoyens. De facto, le non-accès des couples homosexuels aux dispositifs du mariage et de la filiation les transforment en une classe de citoyens de seconde zone, voire de sous-individus», écrit-il dans une lettre ouverte à Christiane Taubira, où il rappelle «cette coïncidence (…) hautement symbolique: celle qui aura porté si brillamment le projet de loi concernant la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, est aujourd’hui la même qui se retrouve à batailler, avec tout autant de force et d’intensité, pour une transformation de nos états de conscience».

«Ce n’est pas à vous, chère Christiane, que je vais rappeler que l’idée de tare, de perversité, de sous-humanité, ou de sous-citoyenneté, a toujours été exprimée ou sous-jacente quand il fallait refuser des droits aux nègres, aux colonisés, aux femmes… et à tant d’autres, poursuit-il. Racisme, sexisme, homophobie sont des discriminations du même ordre: elles font d’une différence des êtres l’enjeu d’une entreprise d’infériorisation sociale et juridique là où la République proclame l’idéal de l’égalité des êtres.

«Il est tout à fait concevable que deux êtres de même sexe puisse éprouver l’un pour l’autre le sentiment majeur de la nature humaine: l’amour. Que cet amour n’est ni une perversité, ni une maladie, ni une pratique qui se voudrait rebelle. Il est d’ailleurs tellement puissant qu’il s’oppose bien souvent à des systèmes sociaux très hétéro-centrés: dans tous les pays du monde, des plus urbains et développés au plus traditionnels, il existe des couples homosexuels qui affrontent l’opinion dominante. Ce sentiment profond, persiste, endure, se maintient, se développe, et renforce finalement notre espérance en la nature humaine. Le couple est d’abord cela: un très beau sentiment qui fonde envers et contre tout, sécurité, stabilité, le soutien réciproque, désir d’enfant et cadre familial.

«Car il y a cet autre fait: des couples homosexuels existent et ils ont parfois la charge d’élever des enfants. Je pense que l’équilibre psychoaffectif d’un enfant ne se construit pas tant en rapport avec des sexes, qu’en rapport avec des fonctions que l’on peut définir sommairement comme fonction d’autorité et de distanciation, et fonction maternante de grande proximité.»

Il conclut: «Et donc chère Christiane, avec mon affectueux salut, je  tenais à vous dire ceci: vous nous faites vivre de nouveau un moment historique! C’est une extension des droits et une extension de conscience que vous nous apportez».

La lettre intégrale:

Vivez ce vote historique avec la Yagg Team.
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