[Mise à jour 14h21] Nathalie Kosciusko-Morizet a répondu sur son blog et campe sur ses positions (Lire Chère Christiane)

Trois jours avant le vote solennel de l’Assemblée Nationale sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, Christiane Taubira a écrit à l’ancienne ministre UMP Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette dernière a en effet annoncé son intention de s’abstenir (Lire Mariage pour tous: Nathalie Kosciusko-Morizet s’abstiendra).

La lettre est publié sur le Tumblr de la ministre de la Justice (Lire Adresse à Nathalie). Elle revient sur la circulaire GPA, qui sert de prétexte à l’ancienne ministre pour justifier son refus de voter le texte:

«Dans le tourbillon des offensives, tant de griefs furent imputés à la circulaire qui, vous le savez, n’octroie aucunement la nationalité, mais rappelle à nos greffes que lorsque la nationalité a été formellement établie conformément aux dispositions des articles 18 et 47 du code civil, il n’existe pas de raison de droit de refuser de délivrer leur certificat de nationalité à ces enfants français.

Dans l’immédiat et plus tard, chacun pourra expliquer un vote pour, un vote contre. Par le temps qui passe, l’abstention, sur un sujet de société majeur, s’obstine toujours à demeurer énigmatique ou se prête aux plus fantaisistes interprétations. Et lorsque sera retombée l’effervescence artificielle autour de la circulaire, se sera dans le même temps évaporée cette entrave qui pendant deux semaines aura un peu fait leurre.»

La Garde des Sceaux explique ensuite pourquoi ouvrir le mariage aux couples de même sexe lui semble important, et ce que cela implique:

«Contrat entre deux personnes, le mariage est aussi et d’abord une institution au titre des règles d’ordre public qui en découlent.  Mais le mariage contient également une forte charge symbolique, du fait de la mémoire qu’il transporte et des marques qu’il porte des conquêtes de la laïcité sur l’état civil, des acquis d’égalité, pour les femmes, puis pour les enfants. C’est ce mariage-institution qui s’ouvre aux couples de même sexe. La maison commune, pas une cabane à part.»

Christiane Taubira conclue ainsi (et en poésie, comme à son habitude):

«Vous le savez, je ne vous appelle pas à la rescousse. Ce texte sera voté. Je pourrais ajouter “si l’Assemblée y consent”. C’est devenu une politesse superflue. La forte et constante mobilisation des Députés des quatre groupes de la majorité, leur implication active depuis plusieurs mois sur ce texte ne laissent guère de doute sur l’issue du scrutin. Je ne vous appelle donc pas au secours. Je vous appelle à vous-même. Et ce faisant, en espérant que ni les mots ni le ton n’ont changé la nature de cette conversation, je m’adresse à celles et ceux qui hésitent encore,

“Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t’es promis à toi seul. Là est ton contrat.” C’est René Char qui s’autorise ce tutoiement.»