Les débats peuvent sembler plus policés (les passages de parole se font à coup d’«honorable ami»), mais les arguments sont les mêmes des deux côtés de la Manche. Les pro-mariage pour tous parlent d’amour et d’égalité, les anti s’inquiètent de la liberté de conscience (des maires en France, des religieux en Angleterre et au Pays de Galles) et d’être vu-e-s comme homophobes.

La Chambre des Communes a adopté, hier, mardi 5 février, en deuxième lecture, le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même genre, par 400 voix à 175.

S’il est définitivement adopté, le texte, porté par la ministre de la Culture Maria Miller, s’appliquera à l’Angleterre et au Pays de Galles. L’Écosse et l’Irlande du Nord ont leurs propres parlements, charge à eux d’adopter éventuellement un texte similaire (l’Écosse y travaille, un projet de loi pourrait être présenté en 2014).

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur Gay marriage: ‘we have a responsibility to treat people fairly,’ says Maria Miller

Hasard du calendrier, ce vote intervient alors que l’Assemblée nationale française débat du même sujet. Mais les comparaisons sont risquées, le pacs français et le partenariat civil britannique n’ont que de lointains airs de famille, le second – réservé aux couples homos – ouvrant des droits bien plus proches de ceux qui accompagnent le mariage que le second. PMA et GPA sont déjà ouvertes à tou-te-s au Royaume-Uni, la première est autorisée aux couples hétérosexuels en France, la seconde absolument interdite. Autre différence: en France, seul le mariage civil est reconnu, alors qu’en Grande-Bretagne, le mariage religieux a longtemps prévalu (en 2010, 32% des mariages étaient religieux). Les différentes religions seront autorisées à décider si elles souhaitent ou non célébrer les mariages de couples homos, à l’exception de l’Église d’Angleterre et de l’Église de Galles, qui n’en auront pas le droit.

Comme l’on pouvait s’y attendre, les élu-e-s du Parti conservateur se sont en majorité prononcés contre le texte, pourtant porté par un Premier ministre issu de leurs rangs, David Cameron. «Je soutiens le mariage des couples homos parce que je suis conservateur», déclarait-il en octobre 2011. L’ouverture du mariage ne faisait pourtant pas partie de ses promesses de campagne, et certain-e-s s’interrogent sur l’impact que pourrait avoir ce qui est vu comme un revers sur son avenir politique. Hier, il a vu dans le vote de la Chambre des Communes «une avancée pour notre pays». «C’est une question d’égalité, oui, a-t-il déclaré avant le vote. Mais il s’agit aussi de renforcer notre société.»

Une avancée déjà bien ancrée dans l’imaginaire de la fille de l’élue de Manchester Lucy Powell, qui jouait dans la garderie de la Chambre des Communes pendant que sa mère votait:

Le texte doit encore être examiné en commission à la Chambre des Communes. Il fera ensuite l’objet d’un troisième vote avant d’être transmis à la Chambre des Lords pour un examen semblable (trois votes et un examen en commission entre le deuxième et le troisième vote). Il ne sera définitivement adopté que lorsque les deux chambres seront d’accord sur tous les termes, éventuellement après avoir fait la navette entre les deux (on parle, en Grande-Bretagne, de «ping-pong»). Il devra ensuite être promulgué par la Reine.

«Nous nous attendons à ce que la bataille soit rude, comme toujours, à la Chambre des Lords, a commenté Ben Summerskill, de l’association LGBT Stonewall. Heureusement, l’importante majorité vue ce soir – bien plus forte que pour la plupart des votes – devrait rendre la tâche difficile aux pairs qui voudraient suggérer le rejet du texte.»

«Nous sommes sur le point de mettre fin à la dernière discrimination légale d’importance à l’encontre des personnes homosexuelles, a pour sa part déclaré le militant Peter Tatchell (à l’extrême gauche sur la photo), qui a pris part à une manifestation de soutien au texte à l’extérieur de la Chambre des Communes, et qui milite pour que le partenariat civil soit aussi ouvert aux couples hétérosexuels. Ce vote pour l’égalité devant le mariage est l’aboutissement de la lutte pour l’égalité des droits que moi et d’autres avons débutée dans les années 60. Nous y sommes presque.»

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur Grande-Bretagne: entre ironie et dépit, la division des conservateurs

Photo Rakshita Patel / Peter Tatchell Foundation

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