Un tournant dans la prévention du VIH? L’association Aides demande à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) d’étendre la prescription de Truvada. Ce médicament, déjà utilisé par les séropositifs, a montré une relative efficacité dans la prévention chez les séronégatifs (réduction de la transmission de 44% dans un essai chez les gays).

Plusieurs essais ont été menés à travers le monde et aux États-Unis, Truvada est autorisé chez les séronégatif-ve-s les plus exposé-e-s au risque d’acquisition du VIH (notamment les gays, couples sérodifférents, travailleurs du sexe). En France, plusieurs associations souhaitent la mise à disposition de Truvada dans la vraie vie. Mais pour l’instant, la seule possibilité de bénéficier de Truvada est de participer à l’essai Ipergay, où la moitié des participants reçoivent du Truvada et l’autre moitié un placebo. La RTU viserait à encadrer la prescription de Truvada en préventif, qui selon Aides, correspond à une vraie demande.

QU’EST-CE QU’UNE RECOMMANDATION TEMPORAIRE D’UTILISATION?
Une recommandation temporaire d’utilisation permet aux médecins de prescrire un médicament en dehors des conditions d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Truvada est pour l’instant autorisé pour le traitement des personnes séropositives. Avec une RTU, son usage serait élargi à la prévention de l’acquisition du VIH chez les personnes séronégatives. Dispositif récent, une RTU est autorisée par l’ANSM et le laboratoire qui produit le médicament doit financer le recueil de données sur la pharmacovigilance sur les effets secondaires principalement. Une RTU est accordée au maximum pour trois ans.

QUI POURRA BÉNÉFICIER DE TRUVADA EN PRÉVENTIF?
Pour Jean-Marie Le Gall, de Aides, qui a rédigé la demande de RTU, «toutes les personnes fortement exposées au VIH devraient pouvoir bénéficier de Truvada en préventif». En France, les gays, les Hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH), les travailleurs du sexe, les femmes migrantes, sont dans les groupes les plus vulnérables. Chez les gays, même si l’usage du préservatif est encore majoritaire, certains ont du mal à se protéger tout le temps. Truvada permettrait de réduire les risques.

QUAND POURRAIT COMMENCER LA MISE À DISPOSITION DE TRUVADA?
L’ANSM doit s’autosaisir de la demande de RTU pour Truvada et décider si oui ou non, elle l’accepte. Elle émet ensuite des recommandations très précises. Elle peut pour cela s’appuyer sur le rapport des experts du VIH (Rapport Yéni) qui ont déjà formulé des recommandations pour l’usage préventif de ce médicament. Le Conseil national du sida s’était lui aussi prononcé sur le sujet des traitements préventifs. Selon Jean-Marie Le Gall, un projet pilote, dans un ou deux sites en France, pourrait démarrer au mieux début 2014. Reste aussi la question du financement de cette mesure: les usagers devront-ils payer leur traitement (à environ 540€ par mois) ou une prise en charge sera-t-elle prévue? Nul ne le sait pour l’instant.

Pour suivre Christophe Martet sur Twitter: @martetchris