Comme nous l’avons indiqué mercredi sur Twitter, lorsque Noël Mamère prend la parole à la tribune de la l’Assemblée nationale, on a presque envie d’applaudir d’avance.

Mardi, lors de l’ouverture des débats sur le projet de loi «mariage pour tous» à l’Assemblée nationale, au lyrisme d’Henri Guaino défendant une motion de renvoi (qui a été rejetée), le député EELV, régulièrement cité en exemple pour avoir célébré le premier mariage entre hommes, à Bègles, en 2004, a opposé une verve implacable:«Nous avons là l’homme qui a fait dire au Président de la République que l’homme noir n’est pas entré dans l’Histoire, et il vient de nous expliquer que les couples homosexuels ne peuvent pas entrer dans l’Histoire», a-t-il déclaré en faisant référence à son passé de conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

«C’est aujourd’hui Monsieur Guaino qui vient nous dire cette chose effrayante pour ceux qui croient à la démocratie parlementaire et à la République. Il nous a dit “la force a la brutalité aveugle de la loi”. Est-ce la brutalité aveugle de la loi qui a permis de sortir de l’esclavage, qui a permis d’abolir la peine de mort, qui a permis de donner leur liberté aux femmes? Monsieur Guaino s’est découvert une vocation d’anarchiste puisqu’il est allé devant les électeurs pour leur demander de les représenter et que maintenant il vient nous expliquer, que ce n’est pas ici que se construit l’État de droit, mais dans la rue. Nous ne voterons pas sa motion de renvoi!»

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Le lendemain, c’est Laurent Wauquiez qu’il a, lui aussi, remis sa place:

«C’est dans votre camp que se trouve la peur. Vous êtes en train de défendre une France étriquée, une France frileuse, contre ceux qui aujourd’hui défendent une société ouverte, une société tolérante, une société qui se bat pour l’égalité des droits. Nous sommes aujourd’hui dans la tradition de la gauche, dans la tradition de la gauche et des écologistes qui se sont toujours battus pour que des droits soient acquis à ceux qui n’en avaient pas jusqu’à aujourd’hui.»

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Précurseur sur le terrain de l’égalité des droits, Noël Mamère témoignait dans Libération cette semaine sur l’éprouvant mariage de Bègles entre Stéphane Chapin et Bertrand Charpentier et la tempête médiatique que l’événement avait déclenché. Le député raconte comment il a lutté contre vents et marées, parfois même dans son propre camp politique, pour unir un couple d’hommes, au nom de l’égalité des droits: «Pour la cérémonie, les deux hommes étaient vêtus en blanc et noir. Ce sont des gens modestes, ils voulaient un vrai mariage. Ils rêvaient d’être rich and famous quelques semaines, qui pourrait leur en vouloir? La tension était très forte depuis des semaines, et le jour même, dans la salle, c’était un peu comme dans une compétition sportive: on tient et puis, quand c’est fait, on se relâche. La salle était pleine, il y avait des copains, Christophe Girard, Francine Bavay, Clémentine Autain. Et j’ai craqué. Pleurer, c’était irrépressible, on est humain. Une heure après, j’étais suspendu de mes fonctions.»