Lincoln affiche-500Spielberg, Hollywood, un sujet parfait pour faire vibrer… Lincoln est à la hauteur des attentes. Pas plus, mais c’est déjà bien. Alors oui, le scénario de Tony Kushner (Angels in America) prend des libertés avec l’Histoire. Oui, ça surprend un peu, un film sur un épisode si important de l’Histoire des noirs américains dont la plupart des personnages sont des blancs. Oui, on aurait aimé que la bisexualité du 16e président des États-Unis soit évoquée, pas juste suggérée de très très très très loin à celles et ceux qui savent ou veulent la chercher. Oui, la performance est si frappante qu’on oublie parfois Abraham derrière Daniel, Mary derrière Sally et Thadeus Stevens derrière Tommy Lee Jones.

Il n’empêche que dans le contexte actuel de lutte pour l’égalité des droits, notamment par l’ouverture du mariage à tous les couples, tant aux États-Unis qu’en France ou dans bien d’autres pays, les discours prononcés pour et contre l’abolition de l’esclavage ont une résonance particulière. Si le combat d’alors fut bien plus directement meurtrier que celui d’aujourd’hui, les arguments (l’égalité, l’humanisme, la dignité d’une part, la menace de la destruction de la société, la porte ouverte à toutes les «dérives» d’autre part) se ressemblent étonnamment d’une époque à l’autre.

Le parallèle a d’ailleurs été fait hier, mercredi 30 janvier, jour de la sortie en salles de Lincoln, par Bruno Nestor Azerot, député divers gauche de Martinique, lors de la discussion générale sur le projet de loi «mariage pour tous» à l’Assemblée nationale. «Comment voulez-vous qu’un homme dont les ancêtres ont été vendus et chosifiés ne soit pas inquiété par cela?», a-t-il interrogé.

«Lorsque M. Azerot nous dit que parce que, au temps de l’esclavage, les couples n’avaient pas le droit de se marier, ils n’avaient pas le droit de se marier parce que chacun était un bien meuble, a répondu Christiane Taubira. Tel qu’énoncé dans le Code noir, les esclaves étaient des biens meubles et faisaient partie en cette qualité du patrimoine de leur maitre. Il est certain qu’on ne marie pas les meubles. Il est certain qu’on ne reconnait pas aux meubles le droit de se marier. Mais si le mariage était interdit au temps de l’esclavage, c’est parce que ces personnes n’étaient pas reconnues dans leur intégrité humaine, dans leur qualité de personne humaine.»

«C’est justement parce que nous portons la mémoire de cette histoire, c’est parce que nous portons encore la mémoire vive, qui se ranime toute seule, de cette histoire, que nous supporterions moins encore que le mariage fut refusé aujourd’hui à des personnes, dont on douterait peut-être, peut-être, peut-être, simplement.»

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La bande-annonce de Lincoln:

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Featurette:

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Lincoln, de Steven Spielberg, avec Daniel Day-Lewis, Sally Field, Joseph Gordon-Levitt, Tommy Lee Jones. Actuellement en salles.

Photo DreamWorks

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