Le débat sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe s’est ouvert aujourd’hui à l’Assemblée nationale à 16h. Récit de cette première séance par nos envoyés spéciaux à l’Assemblée.

Il revient aux deux ministres qui portent le texte, Christiane Taubira, ministre de la Justice et Garde des Sceaux et Dominique Bertinotti, ministre de la Famille d’inaugurer la séance, sous le regard attentif des députés, ainsi que celui de Christine Boutin et Virgine Tellenne-Merle, alias Frigide Barjot, installées dans la tribune des invités. Dans l’hémicycle, à droite, assis l’un à côté de l’autre, Franck Riester et Benoist Apparu, les deux seuls députés UMP favorables au texte, semblent bien isolés.

CHRISTIANE TAUBIRA, SANS SES NOTES
Christiane Taubira monte à la tribune et va lire son texte sans regarder une seule fois ses notes. Elle revient d’abord sur l’historique du mariage et montre combien, dès sa création à la Révolution Française, celui-ci est indissociable des principes de laïcité et d’égalité. Avec ce texte, déclare la ministre «nous parachevons l’évolution vers l’égalité de cette institution». Autre passage marquant quand Christiane Taubira lance à l’assistance: «Qu’est-ce que le mariage pour tous va enlever aux couples hétérosexuels?». «Rien!», lui répondent en chœur les députés de gauche! À droite, en revanche, les interpellations fusent. Lorsqu’ensuite la ministre parle d’amour entre personnes de même sexe, une clameur de désapprobation monte des bancs de l’opposition… Franck Riester, lui, reste impassible. Lui et Benoist Apparu n’applaudiront même pas le discours de la ministre, que celle-ci conclut par un vers extrait d’un poème du poète guyanais Léon-Gontran Damas. «Ce que nous allons faire, dit la ministre, est “beau comme comme une rose dont la Tour Eiffel assiégée à l’aube voit s’épanouir enfin les pétales”». (Lire le poème Grand comme un besoin de changer d’air).

Voir le discours de Christiane Taubira:


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DOMINIQUE BERTINOTTI, PASSIONNÉE
C’est au tour de Dominique Bertinotti de s’exprimer. Autant Christiane Taubira s’est voulue sereine et précise, autant la ministre de la Famille insuffle de la passion et du souffle à son discours. «Plus personne ne doit être clandestin dans sa famille», affirme d’emblée l’ancienne maire du IVe arrondissement de Paris. Elle trace ensuite un parallèle entre sexisme et homophobie, puis déclare: «cette loi luttera contre l’homophobie». «C’est faux!», crie en retour Hervé Mariton. Dominique Bertinotti souligne ensuite que «c’est pour toutes les familles que l’État se veut confiant, sécurisant». Elle cite au passage les propos pro-égalité de Barack Obama ou de David Cameron, tous deux favorables au mariage pour les couples de même sexe et même Nicolas Sarkozy, qui en 2009, avait jugé les débats autour du pacs «ridicules» et «outranciers». «Cela s’appelle la Liberté lorsque la République permet à chacun d’être responsable dans sa vie personnelle, dans sa vie familiale, dans sa vie sociale. Cela s’appelle l’Égalité lorsqu’on permet dans une société d’être, comme on le dit, tous différents, mais tous pareils. Alors votez cette loi d’égalité des droits et de devoirs. Votez cette loi nécessaire. Votez cette loi nécessaire maintenant», conclut-elle.

Voir le discours de Dominique Bertinotti:


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ERWANN BINET, «LA NOUVELLE STAR»
À sa suite, Erwann Binet, rapporteur du projet de loi, s’exprime. Ses collègues de gauche lui offrent des applaudissement particulièrement nourris et dans la tribune de presse, quelqu’un murmure même, mi-ironique, mi-admiratif «c’est la Nouvelle Star!». Dans son intervention, le député tient à rappeler que «les familles homoparentales existent, sont nombreuses, et le seront encore plus demain» et confie «son extrême admiration pour les familles que nous avons rencontrées». Il réfute ensuite le droit à une quelconque «iberté de conscience» pour les maires dans l’application de cette future loi, ce qui lui vaut de nombreuses protestations venant des bancs de l’opposition. Même réaction lorsqu’il lance: «Être père ou être mère, ce n’est pas simplement des hormones et des gènes», «Les homosexuels font des enfants» («Comment??», s’interroge un député) ou lorsqu’il affirme que voter le mariage pour tous c’est aussi protester contre des lois homophobes telles que la loi sur la «propagande homosexuelle» en Russie («On est en France!», lui rétorque-t-on). Le président de l’Assemblée intervient même pour rappeler Hervé Mariton (encore lui) à l’ordre. «Il y eut le temps du châtiment, il y eut le temps de la tolérance, il est venu enfin le temps de l’égalité», conclut-il. Franck Riester lui fait passer ce qui ressemble à un mot de félicitations avant de s’éclipser.

Voir le discours d’Erwann Binet:


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Marie-François Clergeau, rapporteure pour avis et Jean-Jacques Urvoas, lui succèdent et enfoncent chacun le clou. La première suscite des réactions très prononcées de la droite lorsqu’elle se déclare favorable à la PMA, tout en acceptant que le sujet soit inclus dans une loi postérieure.

REJET DES MOTIONS DE REJET ET DE RENVOI EN COMMISSION
Pour l’opposition, Henri Guaino vient défendre une motion de rejet préalable. Sans surprise, et avec son emphase habituelle (qui lui vaut quelques moqueries de la gauche), l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy défend l’idée d’un référendum. «C’est une loi qu’on ne ne peut pas prendre à l’essai», déclare-t-il. Selon lui, c’est de la société que Christiane Taubira et Dominique Bertinotti veulent faire disparaitre les pères et mères. Il fustige au passage «ceux qui par le passé ont tant décrié le mariage et qui veulent maintenant l’offrir à tous».

Le discours d’Henri Guaino:


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Différents députés prennent ensuite la parole, dont un Noël Mamère très sévère, puis la motion de rejet est… rejetée.

Le député Jean-Frédéric Poisson, du Parti-Chrétien Démocrate, défend ensuite une motion de renvoi en commission. Christiane Taubira et Erwann Binet lui répondent. La motion est également rejetée. Puis la séance est suspendue, avant un retour à 22h.

CIVITAS PRIE A L’EXTÉRIEUR CONTRE «CES GENS-LÀ»
Place Edouard Hérriot, derrière l’Assemblée, entre 150 et 200 intégristes catholiques de Civitas manifestent et prient contre «ces gens-là», qui «font du mal aux enfants».

https://twitter.com/TristanQuinltMa/status/296331351320313857

Quelques députés socialistes, emmenés par Yann Galut, tentent de sortir, mais sont retenus par les CRS:

Non loin de là, une vingtaine de contre-manifestants sont venus protester. Selon nos informations, ces derniers sont ensuite escortés jusqu’au métro Assemblée nationale afin d’éviter les gros bras de Civitas qui les attendent.

Xavier Héraud, avec Judith Silberfeld et Julien Massillon