La Belgique, ses moules, ses frites et sa stupéfaction devant la vague homophobe, en France, autour du projet de loi portant sur l’ouverture du mariage. Ceux ou celles qui ont des ami-e-s de l’autre côté de la frontière ont pu constater, depuis quelques semaines, une véritable incrédulité de ressortissant-e-s vivant dans un pays où le mariage a été ouvert aux couples de même sexe depuis dix ans. La voici, résumée en un magistral éditorial par Joelle Meskens, correspondante à Paris du Soir, le grand quotidien francophone du pays sous le titre: «Nous sommes tous des homosexuels français».

«Bien sûr, il y avait quelques démonstrations festives. Mais la manifestation en faveur du mariage pour tous ce dimanche en France n’avait rien d’une “gay pride”. Ce n’est pas une communauté qui est descendue dans la rue pour dire sa fierté identitaire. C’est une France solidaire qui s’est jointe aux gays et aux lesbiennes pour dire sa honte de voir la simple égalité des droits si douloureusement consacrée (…).

«Depuis des mois, ce débat stupéfie par ses outrances. On ne parle pas que des amalgames grotesques faits avec la pédophilie, la polygamie et même, récemment encore, le handicap mental. (…) L’homophobie rampante sous-tend bien des discours des anti-mariage quand ils parlent simplement de “familles normales”. Savent-ils, ceux-là qui prétendent n’avoir en tête que l’intérêt de l’enfant, que des adolescents se suicident encore lorsqu’ils se découvrent “différents”?»

Et pour la journaliste, si François Hollande a rappelé, vendredi, qu’il ne retirera pas son projet, «que ne l’a-t-il davantage porté, lui qui après avoir envisagé un temps une clause de conscience pour les maires récalcitrants renvoie désormais la question de la procréation assistée à une loi ultérieure? (…) Le changement, c’est indiquer avec force à une nation frileuse et campée sur son conservatisme le chemin du progrès. En 1974, la France était à l’avant-garde du droit des femmes en dépénalisant l’avortement. Près de quarante ans plus tard, du mariage gay à l’euthanasie, elle est à la traîne en Europe sur pratiquement tous les sujets d’éthique.

«Parce que mieux vaut en sourire qu’en pleurer, le dernier mot revient à ces Belges venus manifester hier à Paris: “Le mariage homo existe depuis dix ans chez nous. Et on y mange toujours les moules avec des frites.”»

Un éditorial à garder près du cœur, à la veille du début de l’examen de la loi à l’Assemblée nationale, mardi, et d’une quinzaine au cours de laquelle les coups et les insultes risquent de à nouveau de pleuvoir.

Photo Xavier Héraud/Yagg

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