Stephen BarrisStephen Barris, de l’ILGA, faisait partie des dizaines de milliers de manifestant-e-s qui ont défilé dans les rues de Paris hier, dimanche 27 janvier, pour l’égalité des droits. Ému par cette journée, il nous a fait parvenir le texte que nous publions ici.

«BÉNI LE DIMANCHE 27 JANVIER 2013», PAR STEPHEN BARRIS

Beau fixe. Ciel élargi.

D’abord l’euphorie. Je la connais. Elle me prend avant chaque Pride, chaque manif aussi. Le bonheur de prendre la rue, le bonheur d’être acteur, d’être ensemble aussi, de retrouver ma communauté, colorée, désordonnée, insolente comme je l’aime.

Puis l’attente. Et on attend longtemps avant de commencer à marcher. Alors, on se regarde. Les pancartes, bien sûr, les gens autour de nous aussi. Ce gars, la trentaine, barbe dense, bien équipé contre le froid, paisible alors qu’il porte son enfant devant, sur la poitrine. On se regarde, plusieurs fois et on se dit rien. Pas un mot. Pas même un sourire. Je ne comprends pas.

Plus tard, quelques heures plus tard. Un couple, tout près, la cinquantaine. On marche ensemble quelques centaines de mètres. Lui me sourit, elle, ne m’a pas vu. Un sourire franc, répété, aimable. Et moi, pourtant à l’habitude plutôt souriant, au contact facile, je reste sans réaction. Je ne comprends toujours pas.

Il m’aura fallu quelques heures après la marche, pour que l’émotion ne remonte. Une marche souvent silencieuse. Têtue. Serrée. Puissante en fait. Et puis l’évidence. Ce n’était pas «notre marche», gay, lesbienne, trans’, identitaire mais bien une marche citoyenne, républicaine, mélangée. Une marche ensemble, une marche fraternelle. Nous ne sommes plus seuls. Béni le dimanche 27 janvier 2013. Le soleil lui aussi était au beau fixe, têtu malgré les nuages.

Stephen Barris, chargé de projets à l’ILGA

Photo Yagg/DR