RONZIER225Trop, c’est trop. Depuis que le débat sur le mariage pour tous fait rage, SOS homophobie reçoit de plus en plus de témoignages de victimes d’homophobie. L’association a décidé de demander aux parlementaires de s’engager en signant la Charte pour un débat parlementaire respectueux. Les élus s’engagent notamment sur deux points:

  • «Quelle que soit ma position envers le projet de loi et le débat, j’affirme respecter les personnes quelle que soit leur orientation sexuelle, et je soutiens les personnes victimes d’homophobie ou de discriminations.»
  • «J’ai conscience que les injures et diffamations sont violentes et blessantes pour les personnes LGBT et je m’engage à tenir des propos mesurés et respectueux de toutes les citoyennes et tous les citoyens quelle que soit leur orientation sexuelle.»

Elisabeth Ronzier, la présidente de SOS homophobie (photo), nous explique sa démarche.

Pourquoi avez-vous rédigé cette Charte pour un débat parlementaire respectueux? Depuis que le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe a été lancé, les bénévoles de la ligne d’écoute de SOS homophobie doivent faire face à une recrudescence d’appels de témoins ou de victimes qui nous confient leur mal-être par rapport aux différents dérapages homophobes, et d’une manière générale, à cause de cette mobilisation contre leurs droits. Avec cette charte, nous cherchons à responsabiliser les élu-e-s qui vont débattre pour qu’ils/elles prennent conscience que les mots – comme ceux prononcés au moment du pacs – ont un impact sur les personnes LGBT et leur entourage, parfois un impact dramatique. C’est notre association qui, avec les victimes, supporte les conséquences de l’homophobie ordinaire, et doit s’investir toujours plus pour réparer les dégâts causés par toutes ces agressions verbales. Nous nous sentions légitimes à réclamer a minima du respect de la part des personnes qui représentent la République. Si nous avons lancé cette Charte, c’est avant tout pour protéger les plus fragiles et responsabiliser les élu-e-s.

Craignez-vous des dérapages? Notre charte a été formulée de telle manière que personne ne puisse refuser de la signer (sauf à envisager d’avoir effectivement recours à des propos irrespectueux). Ainsi, nous espérons qu’en signant cette charte, les député-e-s veilleront à éviter les dérapages. En tous cas, nous serons là pour y veiller : au moindre écart, nous rappellerons le/la député-e à ses engagements et nous demanderons aux responsables de groupe de condamner les propos incriminés. L’objectif est qu’aucune parole blessante ne puisse pas rester impunie. Nous avons aussi beaucoup insisté sur la laïcité: tout propos ayant la religion comme fondement sera immédiatement disqualifié. Nous espérons que cela nous évitera de voir à nouveau la bible brandie à l’assemblée…

Qui s’est engagé-e et a signé cette Charte? Nous avons envoyé la charte à tous les parlementaires en insistant – pour des raisons évidentes de calendrier – sur les député-e-s. Trente deux nous ont déjà répondu «oui», en à peine quelques jours. On citera par exemple Erwann Binet, Razzy Hammadi, Olivier Dussopt, Sergio Coronado, Barbara Pompili, et même Nicolas Dupont-Aignan. Ce qui montre bien que l’on peut être opposé au projet de loi sans pour autant avoir besoin de manquer de respect dans sa participation au débat. C’est justement tout l’objet de notre charte. Du côté du Sénat, Chantal Jouanno a également déjà signé. Nous ne doutons pas que de nombreux autres parlementaires saisiront rapidement la nécessité d’un débat apaisé et respectueux et qu’ils et elles signeront la charte.

Depuis que le débat s’est engagé, il y a maintenant plusieurs mois, comment jugez-vous les prises de position des anti-égalité? La plupart des opposant-e-s «officiels» aujourd’hui se contrôlent et tentent de maitriser leur discours: cela s’explique par la prise de conscience face à la réalité de l’homophobie d’une part, et d’autre part cela s’explique par la volonté de certain-e-s d’éviter d’être qualifiés d’homophobes. Mais on comprend bien en interrogeant les personnes dans les cortèges des «manifs pour tous» que les motivations sont trop souvent le rejet ou la haine des homosexuel-le-s. D’une manière générale, prendre position contre les droits de personnes homosexuelles, n’est-ce pas déjà de l’homophobie? Plus le débat avance, plus la position des opposant-e-s évolue. Comme ils ne peuvent pas apparaitre comme homophobes, ils cherchent de nouvelles façons de mobiliser. Après avoir faussement argumenté sur les fameux «parent 1 et parent 2», c’est désormais sur le référendum qu’ils se focalisent. Alors qu’il y a quelques années, la majorité UMP a empêché l’adoption du referendum d’initiative populaire, alors qu’il y a quelques semaines les opposant-e-s arguaient que cette loi n’était pas prioritaire en temps de crise, ils oublient aujourd’hui de dire qu’un référendum couterait environ 100 millions d’euros aux Francais-e-s. Comme quoi, leur sens de la priorité est relativement variable…

Pour suivre Christophe Martet sur Twitter: @martetchris