La publication, le 30 novembre dernier, de plusieurs enquêtes sur les gays et le VIH par l’Institut de veille sanitaire, est passée presque inaperçue. Pourtant, le tableau qu’elles présentent de la situation des gays vis-à-vis du VIH n’est guère réjouissante: augmentation des prises de risque et du nombre de personnes touchées. Tout occupée à la mobilisation pour le mariage et l’adoption, les gays auraient-ils tendance à méconnaître, voire à délibérément nier les problèmes liés à la dynamique très forte de l’épidémie?

Nous avons interrogé plusieurs associations de lutte contre le sida – Act Up-Paris, Aides, Arcat/Le Kiosque, Sidaction et Warning – à partir de deux chiffres issus de l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes (EPG) – plus de 11000 hommes y ont répondu:

  • En 2011, 17% des répondants HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes) de l’enquête déclarent être séropositifs pour le VIH, soit une prévalence déclarée plus élevée que lors de la précédente édition EPG (13% en 2004)
  • Les comportements sexuels à risque ont également augmenté en 2011 avec 38% des HSH déclarant au moins une prise de risque dans les 12 derniers mois avec des partenaires masculins occasionnels de statut VIH inconnu ou différent contre 33% en 2004.

Sur les données chiffrées, les associations s’accordent pour dire qu’il est difficile d’en tirer quelque chose de très précis, sans avoir plus d’informations sur le profil des répondants à l’enquête.

DÉPISTER, DÉPISTER ET ENCORE DÉPISTER
Autre sujet de convergence: le dépistage. Toutes les associations interrogées insistent sur la nécessité de favoriser les actions de dépistage chez les gays: «Si on veut tasser l’endémie, écrit Warning, il est impératif de dépister plus tôt, à la fois les primo infections mais aussi diminuer le nombre de dépistage tardif en phase sida.» En cas de séropositivité, explique Ève Plenel d’Arcat/Le Kiosque, «la précocité du dépistage est l’une des clés de la prévention individuelle et collective.»

Pour les associations, la communauté gay, si elle existe, est insuffisamment mobilisée sur la question du VIH. Comme l’écrit Sandrine Fournier, de Sidaction: «La communauté n’existe pas ou n’existe plus. J’observe plutôt l’existence d’une multitude de groupes, diversement informés ou intéressés par la question du VIH.» Du côté d’Act Up-Paris, Arthur Vuattoux estime que le manque d’informations n’est pas forcément en cause: «L’importance du VIH dans la communauté est certainement connue, mais elle n’est pas immédiatement mise en relation à ses propres comportements, où l’on pense bien gérer, bien « calculer ».»

DES ACTIONS PRIORITAIRES
Sur les actions prioritaires, Warning va plus loin que le dépistage en listant des mesures à prendre: «Étendre le dépistage rapide, donner accès à l’autotest (dont permettre à chacun de recevoir un autotest gratuit par an), et l’accès dès maintenant à la PreP». Même son de cloche du côté de Aides: «À moyenne échéance, la mise à disposition, tel que l’espère Aides, du traitement pré-exposition (la PreP) et des auto-tests permettront d’élargir la palette d’outils préventifs utilisables par les personnes. » Pour Act Up-Paris, c’est le latex qui doit être remis au goût du jour: «Il faut donc remettre le préservatif au centre des débats, c’est essentiel…»

Lire l’intégralité des réponses des associations:

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