La Commission des lois a adopté cette semaine le projet de loi «Mariage pour tous» qui sera débattu à l’Assemblée nationale le 29 janvier. Le gouvernement et la majorité parlementaire semblent décidé-e-s à ce que texte soit voté. Dans ces conditions, pourquoi l’Inter-LGBT et d’autres organisations appellent-elles encore à manifester? Yagg a interrogé Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, Stéphane Corbin, porte-parole de la Fédération LGBT, Alix Béranger du collectif OuiOuiOui, Hélène des DurEs à Queer et Nicolas Martin des OUTragés de la République sur les enjeux de ces manifestations.

QUELLES SONT LES REVENDICATIONS DE CES MOBILISATIONS?
Nicolas Gougain: La manifestation du 27 janvier s’inscrit dans la continuité de celle du 16 décembre. Il s’agit de rassembler de nouveau tous les partenaires de l’égalité et de montrer que la société dans son ensemble, pas juste les associations LGBT, partage cette aspiration à l’égalité. Le débat en séance plénière à l’Assemblée nationale va être plus long et plus vif que celui en Commission et ce n’est pas anodin de s’exprimer en dernier avant qu’il ait lieu. Nous voulons rappeler au gouvernement et aux parlementaires leurs responsabilités et leurs engagements à réaliser l’égalité complète.

Stéphane Corbin: Que l’on manifeste le 19 en région ou le 27 à Paris, c’est toujours pour l’égalité. En région, ça participe de la visibilité. C’est évident que tout le monde ne pourra pas aller à Paris, alors il est très important que les gens puissent se rassembler dans leur propre ville. La nécessité d’un combat politique se fait sentir. Il faut faire inscrire dans la loi la diversité des familles.

Ils veulent nous refourguer un sous-pacs, mais on ne peut pas accepter de la gauche un mariage sans filiation et sans PMA. On serait dans une position d’égalité incomplète et communautariste.

CES MOBILISATIONS SONT-ELLES UNE RÉPONSE À LA MANIFESTATION DU 13 JANVIER?
Stéphane Corbin:
Mobiliser les «contre», c’est toujours plus facile que de faire défiler les «pour». Les premiers se sont mobilisés en nombre contre l’égalité des minorités mais on peut avoir une très bonne surprise le 19 et le 27. Beaucoup de personnes qui ne gravitent pas autour des associations les ont contactées au vu de l’ampleur de la manifestation du 13. Pourquoi se priver de réagir? La base arrière et logistique des opposants, c’est l’Église, pas les athées. Nous, on représente la diversité.

Hélène: J’espère qu’on les égalera, mais est-ce que c’est vraiment important? Non. Ils ont exploité tous leurs réseaux et ils ne peuvent pas mobiliser plus alors qu’on peut encore mobiliser au sens très large. Leurs arguments sont aux mieux insensés, au pire vraiment bêtes. Nous ne voulons pas entrer dans un débat avec eux:

L’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit.

Alix Béranger: On n’est pas dans une bataille de chiffres mais on va montrer notre refus d’une société homophobe. Le 13, religieux et militaires ont défilé côte à côte. On a l’impression d’être revenu 50 ans, voire 100 ans en arrière. Ce sont les forces conservatrices les plus fortes et quand on voit ce type d’extrémisme, on doit se mobiliser. Mais on n’est pas dans l’opposition face à eux: on veut plutôt proposer un modèle positif, ouvert et intégratif.

LE GOUVERNEMENT A INDIQUÉ QUE LA PMA FIGURERA DANS UN PROJET DE LOI PRÉSENTÉ EN MARS. FAIT-ELLE MALGRÉ TOUT PARTIE DES REVENDICATIONS?
Alix Béranger: On continue à dire qu’on n’est pas d’accord avec le calendrier. On n’est pas rassurées sur l’avenir de la PMA: elle pourrait être noyée dans une réforme plus large dont on ne verra jamais la couleur. Le gouvernement peut être sincère et présenter un projet de loi plus fort que l’amendement avec la PMA pour toutes les femmes. Mais il peut aussi le repousser car c’est une épine dans le pied.

Stéphane Corbin: Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Pendant la campagne, le président s’était engagé sur la PMA et filiation. Maintenant, ses conseillers et ses amis lui ont fait entendre des sirènes différentes. On le sait: toute la gauche n’est pas favorable à l’égalité des droits, mais on veut des réponses qui ne soient pas des peurs inconsidérées.

QUE CHANGERA CETTE MANIFESTATION?
Nicolas Martin:
Elle fera du bien aux progressistes et aux humanistes. On va se retrouver ensemble pour se donner de l’espoir. On arrive au bout d’une première partie du combat, mais ce n’est qu’une première étape. On restera mobilisés tant que la loi sur la parentalité ne sera pas votée. Cette deuxième loi annoncée aurait dû être dans le projet de loi de janvier. Dès le départ, on aurait eu une grande loi de gauche, généreuse, ouverte.

Nicolas Gougain: Même si on manifeste tous les mois de juin sur ce thème de l’égalité, il y avait besoin d’une mobilisation plus importante pour aller au bout.

Il faut aussi montrer à tous les jeunes homos qui vivent mal ce débat qu’on est là.

On n’a jamais eu autant de bénévoles pour les tractages et le collage d’affiches. Il y a une vraie dynamique car beaucoup de gens veulent participer à ce moment et en être. Ce que ça change pour les gens, c’est qu’ils ne sont plus spectateurs mais acteurs.

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