Tandis que les opposant-e-s à l’égalité des droits s’apprêtaient à défiler dans les rues de Paris, des croyant-e-s ont jugé nécessaire de se retrouver dimanche matin pour exprimer leur désaccord avec la position des institutions religieuses qui ont pris part à la «Manif pour tous». Dans les locaux de l’association LGBT et chrétienne David & Jonathan, plusieurs représentant-e-s d’organisations* ont expliqué pourquoi ils/elles jugent nécessaire que d’autres voix se fassent entendre au sein des institutions religieuses.

Fondateur de Shinnyo, une communauté de bouddhistes LGBT, Federico Jôkô Procopio a livré son témoignage et sa réflexion sur la question de l’ouverture du mariage. Ancien moine bénédictin, il a fondé une famille avec son compagnon. Il est aujourd’hui blessé de ce que les opposant-e-s à l’égalité le considèrent comme un danger pour son propre enfant. Il pointe aussi du doigt la responsabilité des organisations religieuses qui ont contribué à la manifestation de dimanche:

«Soulever des peuples contre une minorité constitue un crime.»

Le moine appelle finalement les autorités religieuses, et notamment catholiques, à renoncer à l’ignorance au profit de l’amour.

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Marqué à gauche, le Mouvement du christianisme social a beau être divisé en son sein sur la question de l’ouverture du mariage et de l’adoption, il insiste néanmoins pour que les responsables protestant-e-s fassent entendre la diversité des positions sur le projet de loi.

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Cette volonté d’une meilleure reconnaissance des différents points de vue a été appuyée par l’appel de cinq pasteurs de l’Église protestante unie. Jean-Paul Morley (Pentemont-Luxembourg), Marc Pernot (Oratoire du Louvre), Jean-Marie de Bourqueney (Paris Batignolles), Jean Hoibian (Montélimar) et Joël Dahan (Montpellier Garrigues) s’inquiètent de la tournure du débat et militent pour que, lorsqu’elle s’exprime, l’Église reconnaisse les différentes pratiques et sensibilités qui existent en son sein.

Du côté des catholiques également, des voix se font entendre de l’intérieur pour changer le discours extérieur. L’association Femmes et Hommes, Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) plaide pour que l’Église cesse de considérer l’homosexualité comme une attitude «désordonnée» et pour que les personnes homosexuelles ne soient plus exclues du service.

Si vous ne parvenez pas à voir la vidéo, cliquez sur FHEDLES: Les catholiques doivent sortir de leur attitude défensive vis-à-vis des homosexuels

Dans une tribune parue samedi dernier dans Le Monde intitulée «Le combat perdu de l’Église», la sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger estime que l’engagement de l’Église contre l’égalité des droits pourrait constituer une étape «sur le chemin de la fin du catholicisme en France»:

«Aujourd’hui, ou demain, l’évidence du mariage homosexuel finira par s’imposer, en France comme dans toutes les sociétés démocratiques. Le problème n’est pas de savoir si l’Église “perdra”: elle a – beaucoup en son sein, et jusque dans sa hiérarchie, le savent – déjà perdu. Le problème le plus crucial qu’elle doit affronter est celui de sa propre capacité à produire un discours susceptible d’être entendu sur le terrain même des interrogations qui travaillent la scène révolutionnée de la relation conjugale, de la parentalité et du lien familial.»

*Associations signataires et soutiens: Action catholique ouvrière, Mouvement du christianisme social, Carrefour des chrétiens inclusifs, David & Jonathan (mouvement homosexuel chrétien), Évangile et Liberté, Réseau du Parvis, Beit Haverim (groupe juif gay et lesbien de France), FHEDLES (Femmes et hommes, égalité, droits et libertés dans les Églises et dans la société), HM2F (Homos musulmans de France), Musulmans progressistes de France, Shinnyo (communauté LGBT bouddhiste).

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