Si l’on excepte quelques brebis égaré-e-s qui restent convaincues que les opposant-e-s à l’égalité des droits ne sont pas homophobes (ou qui considèrent qu’en tant que brebis homosexuelles, elles méritent d’être traitées comme des êtres inférieurs), une grande partie des LGBT se sent insultée quotidiennement.

Comme l’a souligné Erwann Binet dans l’entretien qu’il a accordé à Yagg, les enfants sont en première ligne. C’est ce que montre très concrètement le blog voixdemomes, créé à l’initiative de l’association Genre et Ville pour «offrir une tribune à tous les enfants, ados, parents, familles qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs discriminatoires portées et diffusées largement à l’occasion des débats sur le mariage pour tou-te-s et/ou qui subissent des discriminations in-fondées sur leur genre, leur orientation sexuelle».

«Aujourd’hui 3 camarades de classe de ma fille ont fièrement raconté leur week-end à leur classe, relate ainsi la maman d’Antoinette. La Manif pour tous! Ils étaient fiers ces fils embrigadés de cathos extrémistes, fiers de raconter qu’ils portaient des pancartes parce-qu’il ne faut pas, c’est mal, que 2 hommes ou 2 femmes élèvent des enfants. Ils ne doivent pas adopter d’enfants, les homosexuels, c’est pas bien. Ah ça non! Ils ne veulent pas ces gamins de 8 ans! Ils ont crié haut et fort des chansons: “François, ta loi on en veut pas”, “un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants”. Et Antoinette, terrée au fond de la classe, a tout juste osé demander ce que c’était des homosexuels, pour être sûre qu’elle comprenait bien.»

Il y a les enfants de LGBT et il y a les enfants LGBT, aujourd’hui et hier. À l’instar de Beatriz Preciado dans Libération hier, d’autres racontent leur enfance ou leur adolescence hors normes.

«Je n’avais encore jamais éprouvé le moindre désir charnel, je n’avais aucune notion de ce qu’allait être ma sexualité future, mais les fauves impitoyables de la cour de récréation m’avaient déjà flairé», écrit Le Pédé de C’est La Gêne.

«À l’inverse des autres minorités, les homosexuels doivent apprendre à faire face à la discrimination seuls. Tous les noirs naissent de parents noirs, les arabes de parents arabes, les juifs de parents juifs. Face à un monde extérieur hostile, ils grandissent avec la certitude réconfortante de se savoir entourés par leurs semblables, leurs familles, leurs communautés, au sein desquelles ils se sentent protégés de l’intolérance des masses. Aucun homosexuel ne naît de parents homosexuels. Chacun d’entre nous doit faire face seul au sentiment d’être un étranger dans sa propre famille, à la négation de l’éventualité de notre différence, au potentiel rejet de ceux qui nous sont les plus chers. Au mépris, au dégoût, à l’horreur dans le regard de nos parents, nos frères, nos sœurs.»

Autre blog, même douleur sur James et les Hologrammes:

«Vous n’êtes pas un garçon comme les autres. Vous ne serez jamais un garçon tout court. Vous serez “le pédé”. Et lorsque le mot “pédé” deviendra une forme de “connard”. Lorsque les mots ne suffiront plus. Vous vous ferez agresser. Ils vous tomberont dessus à plusieurs. Et rarement vous serez secourus. Vous devrez apprendre à ruser, vous défendre, vous sauver. Reconnaître les situations et lieux à risques. Et toujours cacher ces blessures qui ne sont pas toujours visibles.

Vous avez été, êtes, et serez, la dernière forme d’enfant battu par la société.

C’est ce qui m’est arrivé.»

Lire aussi Une page tristement actuelle d’Armistead Maupin: Lettre d’un homosexuel à ses parents homophobes sur En dépit du non-sens.

Toutes les infos sur les rassemblements pour l’égalité des droits partout en France.

Photo Xavier Héraud

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