Muse_Out_couv60_bdLa Dixième Muse a 10 ans! À cette occasion, le magazine change peau et devient Muse & OUT. Un changement de nom qui s’accompagne d’un passage à la mixité. Même si les garçons font leur entrée dans le magazine des filles, l’esprit reste le même.

«Depuis 2003, le monde a changé, les mentalités ont évolué», explique l’équipe. Le ton est tout de suite donné, avec Nicola Sirkis en couverture. Les rubriques phares demeurent, auxquelles s’ajoutent de nouvelles plumes.

Pour fêter la mue, nous vous proposons des extraits de deux interviews publiées dans le magazine. Honneur aux nouveaux venus, avec, donc Nicola Sirkis, avant la sortie le 11 février de Black City Parade, le 12e album d’Indochine. L’entretien tourne bien sûr beaucoup autour de ce nouvel album, mais évoque aussi les tensions qu’a vécu le groupe, les cheveux de Nicola, son coup de cœur pour Shane (The L Word), de Sophie Calle, du pain d’épices… Extraits:

«Nicola, il y a une chanson de l’album à paraître qui a attiré notre attention. Elle s’appelle College Boy. C’est une chanson sur les jeunes garçons qui découvrent leur sexualité dans les pensionnats anglais et qui souffrent de se sentir différents. La vague d’homophobie actuelle m’a donné envie d’aborder ce thème. J’ai lu des articles dans la presse qui m’ont révolté. Des gamins qui se font massacrer parce qu’ils sont pédés. Des lesbiennes qui sont assassinées en Afrique du Sud, qui subissent des viols correctifs. Je l’ai fait par respect pour les gens qui ont le courage de s’assumer. Aussi, je l’ai fait en réponse aux propos homophobes qu’a tenu Sexion d’Assaut. (…)

Les garçons qui se découvrent dans les dortoirs des écoles catholiques, c’est un fantasme homosexuel intemporel. J’ai été moi-même dans des dortoirs. Ça n’a jamais été mon fantasme.

Parce que vous n’êtes pas pédé! C’est vrai. Je ne suis pas pédé, je suis plutôt lesbienne. (…)

Le mariage pour tous en 2013, vous y croyez? Ça va être chaud, mais je pense que c’est réalisable. On entend beaucoup de choses ridicules. Pourquoi est-ce que, tout d’un coup, parce que deux garçons ou deux filles s’aiment, ils n’auraient pas droit aux mêmes droits que nous ?

Il est important que le mariage passe, ne serait-ce que par respect pour les lois républicaines. Liberté, Egalité, Fraternité. Indochine a toujours été pour le mariage homosexuel. Certains homos sont ravis de vivre dans la marge. D’autres non. Ce combat est un combat d’arrière-garde. Comme celui contre la peine de mort.»

Autre interview à lire dans Muse & OUT, celle de Lio, que l’on retrouvera très bientôt dans Tiger Lily, une série réalisée par Benoît Cohen, diffusée à partir de fin janvier sur France 2. Lio y joue Muriel, en couple avec Anne (Éléonore Pourriat). Morceaux choisis:

«Muriel est un caractère fort qui n’a pas sa langue dans sa poche, un peu comme vous… Il y a effectivement quelques moments où je me trouve très proche de Muriel. Déjà, personnellement, je me sens totalement bisexuelle. Si je n’ai pas passé le cap, ce n’est pas par manque de désir, c’est parce que j’ai été connue à 16 ans. Ce qui aurait pu être simple à cet âge, ne l’était pas pour moi. On n’aurait pas parlé d’«une jeune fille qui sort avec une jeune fille», mais «Lio a couché avec moi . C’est quelque chose de compliqué dans cette société qui n’a pas encore assimilé la bisexualité. Je crois vraiment qu’on est tous profondément bisexuel, mais pouvoir vivre une bisexualité épanouie, c’est difficile, et quand vous êtes quelqu’un de connu ça l’est encore plus. Pas pour la personne connue, mais surtout pour le partenaire. Vous avez 25 ans, vous avez dans vos bras une jeune femme de 22 ans, sincèrement c’est beaucoup plus compliqué pour elle d’être sortie avec Lio que pour Lio d’être sortie avec cette jeune femme. C’est compliqué et cela demande de la responsabilité. (…)

Que pensez-vous du projet de loi sur le mariage et l’adoption qui sera débattu au Parlement en janvier prochain? Moi je souhaite que tous les homosexuels puissent se marier pour que très très vite, ils disent à tout le monde que ça n’est pas la peine ! [Rires.] Je pense que c’est un passage obligé et donc je le soutiens. Et concernant l’adoption homoparentale, je suis cent mille fois pour et depuis très longtemps.

D’ailleurs, dans la série, Muriel et Anne ont adopté un enfant et votre personnage pense avoir recours à la PMA… Oui, nous avons adopté, mais nous sommes furieuses parce que nous n’avons pas les mêmes droits. C’est terrible pour le gamin, parce que si l’une des deux meurt, l’autre n’a plus de droit. C’est une folie! (…) Il faut absolument que les droits soient identiques pour les deux parents. Ça n’est pas le cas et c’est un scandale. Il faut aller très vite et ne pas laisser les choses ainsi. Je ne vois pas pourquoi les rôles devraient être partagés entre un zizi et une foufoune, beaucoup de femmes seules élèvent très bien leurs enfants. Et dans le cadre d’un couple de parents homosexuels, il faut pouvoir protéger l’enfant et je me sens profondément militante aux côtés des couples homoparentaux.

Au cours de la série, votre fils demande à avoir «un père». Pensez-vous que c’est une condition sine qua non au bon développement de l’enfant? Mais pas du tout ! Je ne le vois pas du tout comme ça. Je pense même qu’ils n’ont pas été assez loin dans le sujet. Comme tous les enfants intelligents, il a trouvé la faille et la met devant la gueule de ses parents pour avoir le dernier mot. Je ne crois pas du tout que ce gamin ait un problème. Il est très équilibré et n’a pas besoin d’un père. C’est tout simplement un enfant qui veut embêter ses parents. Il a trouvé ce qui pouvait le plus embêter ses mères, c’est de mettre un mec au milieu d’elles. Et c’est bien évidemment comme ça qu’il faut le lire, car comme tous les bons parents, elles tombent dans le panneau et ne peuvent pas faire autrement. Nous ne serions pas de bons parents si nous n’étions pas manipulables par nos enfants… (…)

Que pensez-vous des débordements homophobes auxquels on assiste tous les jours depuis la présentation du texte de loi? Eh bien je les compare avec la problématique d’être femme aujourd’hui. C’est un sale temps pour les femmes, pour les pédés, pour les lesbiennes, pour les enfants et pour les pauvres aussi. Parce que finalement quand il y a un avis de grosse tempête, c’est toujours les plus exposés qui s’en prennent plein la gueule. (…)

On sent que cela vous préoccupe énormément… J’ai beaucoup d’amis homos femmes et hommes.

Le premier grand amour de ma fille aînée a été une femme, je suis très touchée par ça. Aujourd’hui je sens que mon intégrité physique est en danger, parfois j’ai peur quand je me balade avec des copines lesbiennes. J’ai peur qu’on nous agresse, parce que je sens que c’est possible. Alors qu’on n’y pensait pas il y a cinq ans quand on sortait.

Cela me rend d’ailleurs monstrueusement triste, je fais partie de la génération qui s’est battue pour que tout s’arrête. J’ai un mieux et là je vois un retour en arrière qui m’affole.»

Retrouvez ces entretiens en intégralité dans Muse & OUT (en kiosques et dans la boutique de Yagg). Au sommaire également: des interviews de Lou Doillon, Eytan Fox, Bradley Fayki, Stéphane Clerget, des dossiers sur le projet de loi sur le mariage pour tous (en partenariat avec Yagg), l’Alliance School de Milwaukee dans le Wisconsin, la séduction, la Saint-Valentin, Seattle et les semaines de ski gay.

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Photos Yves Bottalico (Nicola Sirkis) / France Télévisions (Lio)