Le détour par la PMA a parfois «brouillé le fait que »le projet de loi ouvrant le mariage est» une grande réforme, a estimé ce matin Christiane Taubira, invitée de La Matinale de Canal+. «Ça a empêché qu’on aille au fond des conséquences et du message de cette réforme, mais nous, nous avons continué à travailler, de nombreuses personnes ont continué à travailler, notamment les parlementaires.»

«UNE LOI DE PARTAGE»
La Garde des Sceaux a répété que les mots «père» et «mère» ne disparaîtraient pas du Code civil, contrairement à ce que prétendent les opposant-e-s au projet de loi. «Il s’agit d’ouvrir le mariage et l’adoption à droits constants, c’est-à-dire tels qu’ils sont actuellement, avec les mêmes conditions d’âge et de consentement, les mêmes interdits sur l’inceste et la polygamie, les mêmes obligations sur l’assistance mutuelle et la fidélité par exemple. Les mêmes protections aussi, c’est-à-dire la sécurité juridique pour les couples et pour les enfants. C’est de cela qu’il s’agit», a-t-elle insisté.

«Et bien entendu, rien ne change pour les couples hétérosexuels donc c’est une loi qui n’enlève rien à personne. Mais c’est une loi de partage, parce que la société partage une liberté et des droits qui sont assortis d’obligations.»

«Dans les années 70, a-t-elle ajouté, notre droit a considéré qu’il ne fallait pas faire de distinction entre les enfants, que tous les enfants de France sont les enfants de France, et les décisions ont été de cesser de distinguer les enfants légitimes des enfants naturels, et un peu après, inclure les enfants adultérins. Aujourd’hui, c’est la même logique, de faire en sorte que tous les enfants de France bénéficient de la même sécurité juridique.»

Le livret de famille des couples hétérosexuels ne sera pas modifié, a précisé la ministre de la Justice. «Pour les autres couples, il y aura l’option possible du père et du père ou de la mère et de la mère. (…) Nous avons observé ce qui se fait dans les autres pays et nous avons constaté que certains pays, comme la Belgique, laissent l’officier d’État choisir, ce qui n’est pas concevable en France où l’État considère qu’il faut harmoniser le droit; d’autres pays ont choisi “parent 1/parent 2”, nous n’avons pas retenu cette disposition.»

«UNE RESPONSABILITÉ POLITIQUE ET ÉTHIQUE»
Interrogée sur l’éventualité d’un référendum – selon un sondage TNS Sofres pour La Matinale de Canal+ et i>Télé, 62% des Français-es souhaitent qu’il en soit organisé un –, Christiane Taubira a rappelé l’article 11 de la Constitution: «Nous sommes dans une démocratie et il y a des règles». La France est «une démocratie représentative, où le Parlement peut débattre, aller au fond des choses, aller au fond des sujets, où nous avons une presse libre qui contribue à animer le débat – qui n’est pas seulement à l’Assemblée nationale, ça fait des mois qu’il a lieu».

«C’est une responsabilité du gouvernement, une responsabilité politique et éthique de considérer quand il y a une réforme qui partage les libertés, étend les libertés, lorsqu’une réforme est juste, qu’il ait le courage de la porter et c’est ce que nous ferons», affirme Christiane Taubira. Même si la manifestation du 13 janvier, dite «Manif pour tous», est un succès?

«Ce n’est pas une question arithmétique, c’est une question politique, c’est une question éthique (…) Dans une démocratie, c’est un moment de grande vitalité, de grande tonicité lorsque les gens manifestent, expriment leur mécontentement.»

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur La Matinale du 11/01 – Interview de Christiane Taubira

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