Dans le Figaro de ce vendredi, l’ex-Premier ministre écrit une lettre ouverte au Président de la République reproduite sur son blog, dans laquelle il réclame à François Hollande de ne pas passer la loi sur le mariage pour tous en force.

Dans cette lettre, François Fillon renvoie dos à dos opposants et défenseurs du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption. Sa définition du mariage est on ne peut plus traditionnelle: «Le mariage est une institution unissant un homme et une femme, leur donnant des droits et des devoirs vis-à-vis de l’un et de l’autre, ainsi que vis-à-vis des enfants qui pourraient être issus de leur union».

Et il poursuit: «C’est dans l’intérêt de l’enfant qu’il convient principalement de raisonner!» Mais la loi ne prévoit pas autre chose: c’est bien pour protéger les enfants des couples homosexuels et pour donner plus de sécurité aux couples qu’elle est instituée.

UNE DRÔLE DE DÉFINITION DE L’ÉGALITÉ
François Fillon a une drôle de définition de l’égalité quand il écrit: «Les défenseurs de ce projet de loi brandissent, pour le justifier, l’étendard de l’égalité des droits. Mais faut-il pour autant bouleverser les équilibres de notre société? La heurter? Se fonder sur l’institution du mariage par souci d’égalitarisme? Je ne le crois pas. Les citoyens sont égaux, ce qui n’implique pas que les situations soient totalement égales.» On aimerait savoir précisément où se situe pour lui le curseur de l’égalité.

Même s’il veut se donner une stature d’homme d’État, François Fillon donne lui aussi dans l’argument mensonger selon lequel «on ne peut pas, sans précaution, laisser croire à un enfant qu’il peut avoir deux pères ou deux mères». Cet argument, répété ad nauseam par les homophobes qui défileront dimanche, est une insulte à tous les homoparents, qui eux ne mentent pas à leurs enfants.

Mais que propose François Fillon au juste? Une voie qualifiée par lui de «pragmatique» avec un pacs amélioré sous la forme d’une «Union Civile». Mais l’ex-Premier ministre sait que cette union civile, si elle devait accorder les mêmes droits aux homos qu’aux hétéros, est tout simplement intenable juridiquement. C’est ce que proposait le candidat Sarkozy en 2007. Pour affirmer, cinq ans plus tard à Têtu que ce n’était pas possible: «Après analyse, déclarait Nicolas Sarkozy, les juristes ont indiqué qu’il était anticonstitutionnel de réserver ce contrat d’union civile aux seuls homosexuels, qu’il devait aussi être ouvert aux hétérosexuels (…) Dans ces conditions, j’ai estimé, à tort ou à raison, qu’une telle disposition aurait vidé le mariage de tout son sens». Exit l’Union Civile!

Sur l’adoption, l’autre volet du projet de loi, François Fillon est «ouvert à ce que l’on réfléchisse au statut de co-parent, ou second parent». En clair, repartir pour des discussions sans fin pour ne pas aboutir.

Certes, le député UMP de Paris ne manifestera pas dimanche dans la capitale, mais il affirme: «Je comprends ceux qui feront entendre leur voix dimanche prochain». Déjà en novembre 2012, avant la guerre des chefs qui l’opposerait à Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP, François Fillon déclarait qu’il ne participerait pas à la «Manif pour tous».

Autre explication: François Fillon, qui ne cache pas son ambition à se présenter à la présidentielle de 2017, ne veut sans doute pas que des photos le montrant à la manif des homophobes soient ressorties opportunément avant cette échéance.

En conclusion, et en toute modestie, nous conseillons à François Hollande de s’inspirer (mais sans faute d’orthographe) de ce que disait le même François Fillon en octobre dernier:

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