Vincenzo Paglia-001«La famille et le mariage ne sont pas des thèmes qui appartiennent à l’Église, mais font partie du patrimoine de l’humanité», explique Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille à Rome, dans un entretien à Famille chrétienne. Il salue donc le «courage» des évêques français qui ont ouvert «un débat public» (qui a dit qu’il n’y avait pas de débat?).

Selon lui, «il faut donner du sens aux mots. Il suffit de revenir à Cicéron, à Aristote, et bien sûr à l’Évangile. Il est clair que l’affection hors mariage n’a rien à voir avec le mariage lui-même. Certains réclament une réglementation sur les questions de patrimoine: qu’on la trouve! Certains réclament des droits individuels supplémentaires: qu’on les donne! Mais la famille est composée d’un homme, d’une femme et de leurs enfants.» Une vision traditionnelle de la famille, très loin des réalités puisqu’elle exclut, outre les familles homoparentales, les familles monoparentales, les parents divorcés…

«La fonction de la famille n’est pas la reconnaissance d’un amour privé, poursuit Vincenzo Paglia. Nous avons donc la responsabilité, pour le monde d’aujourd’hui, et surtout celui à venir, de ne pas polluer le langage, car c’est la société que l’on pollue.»

«CHOC DE CIVILISATION»
«Nous sommes donc véritablement face à un choc de civilisation. Pas un choc entre les religions ou entre les cultures, mais entre la dictature du “moi” et l’indispensable “nous” au sein duquel chacun peut trouver une espérance, un refuge, une protection, une éducation, et même… du rêve!», conclut celui que sa foi oblige à être célibataire.

Par ailleurs, dans une interview au Servizio Informazione Religiosa (SIR), Mgr Hyppolite Simon, vice-président de la Conférence épiscopale française et évêque de Clermont-Ferrand, explique pourquoi de nombreux évêques ne participeront pas à la manifestation anti-égalité du 13 janvier:

«Si l’on donne à cette manifestation un caractère confessionnel, on risque de l’affaiblir: nous donnerons des arguments à ceux qui veulent l’enfermer dans un particularisme religieux, pour ensuite la disqualifier.»

JEUNES ET CATHOS POUR L’ÉGALITÉ
Tous les catholiques ne se retrouvent pas dans la ligne de leur Église, comme en témoigne une nouvelle pétition. «Alors que de nombreux évêques appellent à manifester ce dimanche, de toute la France, de jeunes catholiques réagissent: “Ce n’est pas notre Église!”, estiment les signataires. Pour nous jeunes et moins jeunes aujourd’hui, les mouvements d’Action Catholique ont été des lieux de construction personnelle et collective sans pareil. (…) Respect de l’Autre, engagement au service du bien commun, attention préférentielle aux plus pauvres, aux exclus et stigmatisés, espérance en un monde plus juste… autant de valeurs qui ont jalonné notre parcours de jeunes adolescents et structuré notre vie d’adultes. (…) comment ne pas s’indigner quand une partie de l’Église, que nous trouvons parfois bien silencieuse, s’engage si violemment dans le débat contre le projet de mariage pour tous? Comment ne pas réagir quand un cardinal estime que le projet de loi du gouvernement ouvrirait la voie à la “polygamie” et à l’“inceste” et que de nombreux prêtres et évêques utilisent leurs chaires comme tribunes pour appeler à manifester ce dimanche? La vocation du mariage civil est de donner des droits et des devoirs égaux aux membres du couple, facteurs de respect pour les Hommes, et de stabilité pour la société. Au nom de quoi les couples homosexuels devraient-ils en être exclus?»

«Notre Église est celle qui affirme l’Amour de son Prochain, qu’il soit homo ou hétéro, insiste le texte. Notre Église est celle qui vise l’émancipation de chacun et la transformation sociale. Notre Église est celle qui permet aux peuples de lutter contre toute forme d’oppression. Alors, en reprenant les premiers mots de Jean Paul II lors de son intronisation en octobre 1978, nous disons aux chrétiens qui se sentent menacés par le mariage pour tous: “N’ayez pas peur!”».

60% DES FRANÇAISE-ES FAVORABLES AU MARIAGE POUR TOUS LES COUPLES
Enfin, selon un sondage Pèlerin/ Ifop, 60% des Française-es sont favorables à l’ouverture du mariage aux couples gays et lesbiens. Ils ne sont en revanche que 46% en faveur de l’adoption et 47% de la PMA. Chez les catholiques pratiquant-e-s, les chiffres sont de 41% pour le mariage, 30% pour l’adoption et 31% pour la PMA.