[mise à jour, 3 janvier 2013, 17h30: Réaction de Lionel Gentric]

Pour Lionel Gentric (photo), l’Église se trompe lorsqu’elle affiche «une unanimité qui n’est que de façade» contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Frère au sein du couvent Saint-Thomas-d’Aquin à Lille, il a publié sur le site Dominicains.fr une tribune où il remet en cause le fait que l’Église prenne parti en parlant d’une seule voix contre le mariage pour tou-te-s.

La tribune de Lionel Gentric a toutefois été retirée du site à sa demande. Dans un communiqué laconique, l’auteur explique qu’il ne souhaitait «tout simplement pas l’usage qui en a été fait», ajoutant «qu’aucune pression extérieure» n’a été exercée.

La suppression du texte a été repérée par l’auteur du tumblr Ciel, mon Engagement 31 grâce à un tweet de Yannick Rivière. Pour la ministre du Logement Cécile Duflot, qui avait lu la tribune avant sa suppression, ce retrait est surprenant. Sur Twitter, elle s’est étonnée de ce que l’on veuille «“censurer” ce texte» et l’a partagé en recourant à la version cache de la page générée par Google.

Dans sa déclaration, Lionel Gentric s’étonne que si peu de membres du clergé aient pris la parole pour afficher leurs divergences avec le discours officiel professé par le sommet de la hiérarchie ecclésiale. «Je ne sais par quel miracle l’Église de France a réussi à faire taire en son sein tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les opinions exprimées par ses chefs sur le projet de loi du mariage pour tous, a écrit le frère dominicain. J’aurais pourtant parié, au moment où le cardinal Vingt-Trois a pris l’initiative de publier la prière du 15 août, que le débat qui anime l’espace public trouverait un écho retentissant dans l’Église.

«Nous arrivons à la fin du mois de décembre et c’est seulement ces jours-ci qu’un prêtre français fait connaître publiquement son soutien au projet de loi, dans une lettre ouverte adressée aux évêques de France. Aucun évêque, à ce jour, n’a fait savoir ses réserves à l’égard des opinions exprimées par les ténors de l’opposition au mariage gay. De manière peut-être encore plus troublante, aucun évêque n’a osé s’aventurer à l’exercice de la correction fraternelle lorsque l’un ou l’autre de ses confrères s’est laissé aller à des débordements de langage. Un tel exercice, aussi périlleux soit-il, aurait pourtant été bien salutaire en plusieurs occasions, ne serait-ce que pour fournir l’attestation de ce qu’il y a des ecclésiastiques qui, non contents de n’être pas homophobes (puisqu’il est entendu que les catholiques ne sont pas homophobes), n’entretiennent vraiment aucune complicité avec l’homophobie: il est vraiment désolant que nul évêque ne s’y soit risqué publiquement.»

Lionel Gentric n’est toutefois pas un partisan de l’égalité des droits. Il précise qu’il est «très hésitant dans l’ensemble» quant au projet de loi. «Plutôt favorable à l’ouverture du droit à l’adoption pour les couples homosexuels», il est «très dubitatif sur l’opportunité» de leur ouvrir le mariage et «très réticent» au sujet de la procréation médicalement assistée. À l’instar des croyant-e-s qui ont lancé une pétition le 28 décembre dernier, la tribune de Lionel Gentric démontre que, sur la question du mariage pour tou-te-s, l’Église est divisée. Pour lire l’intégralité de sa tribune, cliquez sur Un seul cœur et une seule âme.

Photo via Facebook

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